Access To Arasaka – Geosynchron

Access to Arasaka affirme l’étendue de son savoir-faire et sa place parmi les grands du genre.

Cover

9.0

10

Label

Genre

Par David Robert
Publié le 22 décembre 2011 | 18:47

S’il s’avère aussi aisé qu’agréable de penser que la musique est le reflet du ressenti profond de son créateur lorsqu’elle est douce, romantique ou même sensuelle, il en est néanmoins tout autre lorsque l’univers qu’elle dépeint est sombre, poussiéreux et torturé. Ainsi, l’auditeur qui souhaiterait tenter une telle analyse psychologique de la personnalité de Robert Lioy, mieux connu sous le pseudonyme d’Access To Arasaka, pourrait décemment se poser quelques questions sur la santé mentale de son patient virtuel, tant les qualificatifs suscités sont bien loin de représenter la noirceur du monde dystopique que le new-yorkais a progressivement bâtie du plus profond de son imagination.
Mais que se passe-t-il dès lors que cet auditeur, par quelques réactions neuronales encore objets de toutes les recherches, comprend cette folie dont semble atteint celui que l’on désigne souvent par l’acronyme ATA, la partage ou, pire encore, la perpétue ?
Et bien l’on aboutit tout à fait logiquement à la mise en place d’un cercle productif – vertueux ou vicieux, c’est selon – qui débute par la parution de quelques EPs auto-produits (toujours disponibles sur le site d’ATA), s’intensifie avec la signature sur Tympanik des excellents “Oppidan”, “Void();” et “Orbitus”, et atteint son point d’orgue en cette fin d’année avec la sortie du tout bonnement magistral “Geosynchron”.

Comme tout auditeur familier de l’américain l’aura indéniablement compris, Access To Arasaka n’est pas seulement le pseudonyme de Robert Lioy : ATA est un univers à part entière dont il est impératif d’avoir assimilé la continuité pour véritablement saisir l’intention profonde de l’artiste.
En cela, une véritable compréhension de “Geosynchron” ne sera possible qu’en ayant à l’esprit qu’il est le chapitre final d’une “quasi-trilogie” dont les précédents volets sont les excellents “Aleph” et “Orbitus”, tous deux parus plus tôt cette année ; de même qu’il sera nécessaire de noter que l’album est inspiré du troisième tome éponyme de Jump 225, trilogie signée de l’écrivain phare de la mouvance cyberpunk : l’américain David Louis Edelman.
Pourtant, bien que sa compréhension, chose ô combien précieuse, n’en restera qu’approximative, il s’avère paradoxalement tout à fait possible d’apprécier à sa juste valeur ce “Geosynchron” dès la première écoute et ce sans aucune connaissance préalable ; cela, Access To Arasaka le doit à une chose : une technique purement et simplement bluffante de qualité. Plus que jamais, l’homme développe un véritable attirail de production entièrement mis au service de l’univers qu’il dépeint : des glitchs incisifs agencés avec une précision quasi-mathématique (“Talitha”, “Rana”), une ingéniosité sans pareille dans la création de textures sonores (“Bs-2X”, “Kaguya”), des sons synthétiques au possible et pourtant incroyablement cristallins (“Naos”, “Sao”) ; bref, ATA parvient à mettre les machines à son service et par dessus tout au service des émotions infinies qui transfigurent sa musique.
Mais si l’homme est, à juste titre, considéré comme l’un des producteurs les plus prometteurs du courant IDM, ce dernier n’en reste pas pour autant cantonné aux limites définies par les pionniers du genre ; ainsi, ATA se permet quelques excursions trans-genres du plus bel effet : une drum & bass apocalyptique et définitivement magistrale sur le plus qu’excellent “Talitha”, une dark ambient mélodique et profonde au possible qu’il distille sur “Cursa”, ou encore l’apport de la voix de son acolyte de label Jamie Blacker sur la lumineuse mais anxiogène “Lysithea” ; bref, Access To Arasaka affirme avec brio l’étendue de son savoir-faire – si raison était d’en douter – et démontre bien, par là même, qu’il mérite définitivement sa place auprès des grands du genre, ceux qu’il donne régulièrement comme ses influences majeures ; Autechre s’il fallait n’en citer qu’un.

Tracklist :

01. Rhea
02. Ixion
03. Talitha
04. Oberon
05. Naos
06. Cursa
07. BS-2X
08. Lysithea (feat. Jamie Blacker)
09. Alcyone
10. Kaguya
11. Sao
12. Rana
13. Polaris


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    2 Comments

    1. bob 24 décembre 2011 at 8:52

      Je ne pense pas qu’il faut encore considérer AtA comme un artiste « prometteur » du courant IDM. Selon moi, il est déjà l’un, voir le plus grand artiste de l’IDM des 3 dernières années.

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