Afrikan Sciences – Circuitous

Audacieux, atypique et ancré dans l’expérimentation, ce nouvel album d’Afrikan Sciences devrait séduire les amateurs de sensations sonores inattendues.

afrikan-11.11.2014

8.0

10

Par Thibaud Marty
Publié le 2 janvier 2015 | 11:15

Peu de compositeurs peuvent revendiquer un univers musical aussi distinct que celui d’Eric Porter Douglass, alias Afrikan Sciences. Ses albums Means And Ways et Theta Wave Brain Sync sur Deepblak avaient forgé sa réputation d’innovateur, incarnant avec Ras G ou Flying Lotus l’émergence d’une avant-garde californienne qui perpétue l’héritage de Sun-Ra et de ses expérimentations jazz afro-futuristes. C’est cette fois-ci sur PAN que nous le retrouvons, pour un troisième album solo qui repousse encore un peu plus les frontières de sa galaxie. Sur Circuitous, Afrikan Sciences nous embarque dans une aventure musicale à nulle autre semblable, et accentue une fois de plus la singularité de sa musique par des rythmiques imprévisibles, au cours d’une séance de magie noire où space-funk, free jazz, sonorités africaines et électroniques entrent en fusion.

Le déconcertant « Two in the Chamber » ouvre le bal. Sa douce mélancolie sonore s’adosse à une rythmique funk tropicale, le tout au sein d’une orchestration tout en souplesse, portée par une ligne de basse élastique. Suit « Reddin Off », boucle de batterie et kick n’en font qu’à leur tête et emmènent un équipage rythmique étrangement bancal, qui clopine telle une roue voilée à travers un paysage de nappes crystallines. On retrouve ce mécanisme irrégulier avec la rythmique broken hip-hop et les percussions africanisantes de « Transient Authority ».

« Evolved In Twists » illumine l’atmosphère avec ses mélodies gorgées de soleil, tout comme le morceau-titre « Circuitous » et sa funk ternaire sophistiquée et impeccable, qui offre un savoureux instant de sérénité dans cet univers virevoltant. L’hypnose afro-funk est au rendez-vous avec « The Image », emmené par des synthés décrivant des cercles autour d’une percussion tribale, ainsi que sur « I’m asking you KB », lever de soleil au rythme de tambours en orbite d’une batterie qui renoue avec une certaine régularité.

La conquête spatiale est également au menu, avec l’euphorique « Alibi II » qui dispensera l’auditeur de substances psychoactives, où encore le groovy « Swash », douce cacophonie jazzy entre pianos souffreteux et vibraphones titubant sur sur une batterie qui swingue joyeusement, tandis que « DBC » galope triomphalement vers un futur étoilé.

Le ton s’assombrit sur « Kae », véritable train-fantôme qui s’enfonce inexorablement dans une pénombre malveillante, avant que le dérangeant « Feel » ne nous entraine sur un carrousel hanté. Puis on croit assister à la marche agonisante d’un droïde en surchauffe dans le cauchemardesque « Group Home Reality ». La batterie se fait tranchante pour accompagner l’orchestration décousue et les dissonances du grimey « Tell Me Who Like That », qui conclut l’album en puissance.

Les rythmiques audacieuses de Circuitous captent l’attention par leur apparente spontanéité. Dès lors qu’elles entrent en collision avec des trames sonores expressives, on se retrouve impuissant face à un univers qui prive de repères musicaux, rendant l’écoute particulièrement intrigante. Résolument atypique, fermement ancré dans l’expérimentation, Circuitous est un album qui ne séduira probablement pas le monde entier, mais que les auditeurs avides de sensations sonores inattendues prendront plaisir à découvrir et redécouvrir.

Tracklist :

01. Two In The Chamber
02. Reddin Off
03. Transient Authority
04. Evolved In Twists
05. Circuitous
06. Kae
07. Feel
08. Swash
09. The Image
10. Group Home Reality
11. Alibi II
12. DBC
13. I’m Asking You KB
14. Tell Me Who Like That

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