Akkord – Akkord

Si cet ensemble abrasif peut sembler éreintant, l’effet est alors surtout captivant.

akkord-packshot-high

8.2

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 27 novembre 2013 | 12:41

L’association d’Akkord et de Houndstooth pour un album avait de quoi faire saliver. D’un côté, Akkord, duo réunissant Synkro et Indigo, apparu l’an passé sur une poignée d’EPS auto-produits et limités présentant une version clinique et épurée d’une techno d’esthète ; de l’autre, Houndstooth, label associé au club Fabric et qui n’a eu de cesse de nous épater cette année, de l’album de Snow Ghosts à celui de Special Request.

 

Album attendu, donc. Le duo parvient pourtant à impressionner dès les premières minutes de ce « Torr Vale » introductif. S’il était déjà d’une précision inouie par le passé, le sound design des deux acolytes semble en effet s’être à nouveau hissé de quelques crans, nous laissant le loisir de contempler la moindre strate. Une simple structure kick/snare délabrée suffit ainsi à faire régner sur le morceau une atmosphère de dévastation, soigneusement entretenue par le duo.
Très rapidement, cette dévastation va muter pour évoquer une autre image, celle d’un champ magnétique. Les premiers titres du disque semblent représenter une montée en puissance en ce sens, permettant dès « 3dOS » aux ensembles rythmiques du duo d’atteindre une puissance de feu frappante. Autour de kicks incisifs et massifs, semblables à des aimants, viennent se greffer des breakbeats divers suggérant la menace.

Face à ceux-ci, tout son semble dès lors confiné à une anxiété et une hésitation permanentes. On assiste ainsi à un basculement, des nappes ambient sombres qui recouvraient les premiers titres vers un dépouillement rythmique de plus en plus absolu. Face à ce phénomène, les rares fragments sonores qui nous sont offerts cherchent à se faire discrets, n’osant jamais s’affirmer face aux chimères rythmiques implacables guidant les titres.
« Folded Edge » se trouve ainsi régulièrement hanté par des voix et synthés noirs, qui se fondent bien vite ensemble pour laisser au beat sa pleine expression. De même, sur cet « Hex AD » faisant très clairement figure de pilier du disque, des sonorités acides semblent prendre confiance et s’organiser en montées corrosives successives, avant de se dissoudre à nouveau face à ces kicks magnétiques, fixant un cap résolument ancré à 130BPM. Résister à un tel flot d’électricité statique en vient rapidement à apparaître comme une tâche insurmontable.

On se laisse donc submerger par un « Conveyor » étalant sa brutalité, en déconstruction croissante, portée par des kicks dénaturés par une distorsion poussée aux extrêmes, ou par le sentiment d’oppression sous-jacent à un « Navigate » feignant la quiétude. « Channel Drift » seul marque ici un temps d’apaisement, nous laissant reprendre notre souffle afin d’admirer une fois de plus le soin apporté à chaque détail, notamment ces rondes de percussions surgissant avant de laisser traîner leur écume sur des beats pesants.

 

Le programme était donc alléchant, mais les résultats sont amplement à la hauteur. Sans jamais donner dans une violence vaine ou la simple démonstration de puissance, cet album éponyme apparaît comme le déploiement d’une tension contrôlée tout du long, tissée autour du vide enveloppant des patterns rythmiques détaillés jusqu’à la rupture. Si cet ensemble abrasif peut sembler éreintant, l’effet est alors surtout captivant.

Tracklist :

01. Torr Vale
02. Smoke Circle
03. 3dOS
04. Folded Edge
05. Conveyor
06. Hex AD
07. Channel Drift
08. Navigate
09. Rocendal
10. Undertow

Vous aimerez surement

    Leave a comment

    Articles populaires

    Chargement des articles...
    Le chargement des articles a echoué, une nouvelle tentative va être effectuée automatiquement dans 5 secondes.

    Back to Top