Altered Natives – Sin Elevated Art

Retour en beauté pour Altered Natives, avec un nouvel album éclectique et fourni, mais suffisamment réussi pour laisser attendre la suite.

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7.5

10

Label

Genre

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 17 mai 2014 | 16:59

Dès ses premiers pas sur la scène, Altered Natives s’est affirmé comme un producteur singulier : globalement issu d’un contexte UK Funky, le producteur a toujours donné au son des colorations plus sombres, tout en laissant libre-court à sa créativité, décidant de publier une trilogie d’albums avant de quasiment disparaître des radars pendant deux ans. Et de reparaître sans prévenir avec ce nouvel album, accompagné de cinq pages d’explications textuelles annonçant déjà un second format cette année. Autant dire qu’Altered Natives ne cherche pas à s’embarasser de conventions : à ses propres dires, Sin Elevated Art serait par exemple un album « vaguement » centré sur le concept des sept péchés capitaux, chacun de ses titres étant censé illustrer un ou plusieurs de ceux-ci.

 

Plus encore, Altered Natives aime à jouer avec nos attentes. Alors que ce Sin Elevated Art était annoncé comme son album le plus orienté club, cette heure de musique commence finalement par ce qui restera comme l’un des titres les plus noirs et nihilistes de l’artiste : entre samples de discours politiques accusant « this government » de trahison et de génocide et voix inhumaine clamant « Annihilating Room », « The Void » fait effectivement régner l’oppression et le néant. La dépressurisation se poursuit sur l’exceptionnel « Callaloo », évoquant Shackleton à son plus haut, menant avec fluidité vers un terrassant drop de basses étouffantes, d’une intensité rare. Difficile d’envisager une plus impressionnante ouverture d’album.

La notion même de repères paraît dès lors dénuée de sens : après nous avoir encerclé de cette malsaine obscurité, Altered Natives s’autorise toutes les fantaisies – et en particulier, celle de répondre à la promesse de livrer un album axé sur la danse. Dès « Cold Infinity », les aspirations rythmiques reprennent ainsi le dessus, l’artiste nous laissant par ailleurs apprécier son sens de la réverbération, autour de nappes dubby du plus bel effet. Comme pour mieux montrer l’étendue de ses talents, notre hôte se permet de varier les formes, regardant plus ou moins du côté de la techno sur le subtil « Majestic Pussy Purrrr » – qui serait, selon son créateur, un titre sur le fait de se sentir comme un chat – ou de la house la plus percussive sur un « Dominator » furieusement hypnotique. Contrastant avec le sérieux des deux premiers titres, Altered Natives lorgne même vers le potache sur des « Big Black Dildo » et « Ass & Titties » relativement explicites, avant de revenir au thème félin sur un « Hello Kitty » ludique et prenant. Impossible pourtant de généraliser : intercalé entre ces divers morceaux, « The Broken Promise » et son beat saturé évoquent les efforts récents d’Alex Coulton de par ce sample évocateur.

 

Dans son ensemble, Sin Elevated Art prend donc les allures d’un melting-pot, ou d’un portfolio au sein duquel Altered Natives aurait cherché à faire figurer toutes les facettes de ses productions. L’album s’en fait déconcertant aux premiers abords, puisque l’auditeur se trouve successivement happé dans toutes ces directions, après avoir été frappé par la pesanteur des deux premiers titres. Les écoutes répétées permettent alors de savourer chacun des parfums du disque, en se familiarisant lentement avec ses diverses tendances. Si tous les titres de Sin Elevated Art ont de fait le potentiel de faire figure de moment marquant de sets très divers, leur réunion compose donc un ensemble se laissant moins aisément appréhender, mais conservant toute sa saveur, organisé autour d’un fil rythmique commun. Retour réussi pour Altered Natives donc, avec un nouvel album osé mais suffisamment réussi pour susciter l’attente du suivant.

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