Amon Tobin – ISAM

ISAM fait partie de ces albums qui nécessitent un certain nombre d’écoutes avant d’être appréhendés.

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8.7

10

Par David Robert
Publié le 5 mai 2011 | 2:22

A l’heure où la musique n’a jamais été aussi proéminente dans la vie et le quotidien de tout un chacun, à tel point qu’elle en est même devenue un simple accompagnement (une nuisance ?), il est une chose relativement ardue que de déterminer une frontière stricte et objective entre la musique et le bruit, entre le son et la pollution sonore.
A cette interrogation, V. Hugo répondait en son temps : «La musique, c’est du bruit qui pense», idée vraisemblablement partagée par de brillants compositeurs tels que John Cage ou encore Pierre Henry qui, toute leur carrière durant, n’ont cessé de prouver que cette frontière était d’une finesse inversement proportionnelle au potentiel créatif du musicien. Plus récemment, l’excellente réalisation suédoise “Sound Of Noise” (dont l’OST a été chroniquée ici) amincissait encore cette dichotomie en montrant qu’entre les ‘nuisances’ sonores du quotidiens et l’harmonie musicale, le pas est aussi unique que mince.
Parfois surnommé à juste titre le ‘chirurgien’ du son, du fait de la précision absolument subjuguante de son mode opératoire musical, le DJ et producteur brésilien Amon Tobin est bien loin du simple néophyte de la musique électronique. En 1997, l’homme sort son premier album sous son pseudonyme actuel : “Bricolage”, cocktail d’influences détonnant caractérisé par un sampling brillamment incisif et dans lequel il n’est pas difficile de déceler les prémices de sa marque de fabrique. Tout au long du reste de sa carrière, Amon Tobin n’aura de cesse de pousser l’expérimentation à son plus haut niveau, et l’aura qui se dégage désormais de son nom d’artiste n’est qu’un juste et mérité retour des choses.
Loin de se reposer sur sa réputation de producteur chevronné, l’homme signe en ce milieu d’année un retour aussi attendu que triomphal avec son septième album : “ISAM”, élément de réflexion de premier choix à l’interrogation précédemment évoquée. La réponse en est désormais avérée et indéniable : la frontière n’existe plus.

Autant le dire tout de suite, “ISAM” fait parti de ces albums qui nécessitent un certain nombre d’écoutes avant d’être appréhendés, compris, maîtrisés ; trois phases clefs.
La première écoute est effectivement celle de l’appréhension : tout en tentant de comprendre le choix de la couverture de l’album, on jette une oreille presque candide aux morceaux, décelant sporadiquement quelques sonorités, quelques timbres qui suscitent des images, des souvenirs issus du fin fond de notre inconscient. Quelques titres retiennent immédiatement l’attention ; parmi eux : le jouissif “Journeyman”, l’abyssal “Lost & Found” et l’intriguant “Bedtime Stories”. Premier signe de la magie qu’opère ce disque sur son auditeur : il est purement et simplement impensable pour ce dernier d’en rester à ce point, de laisser ce vaste et alléchant chantier en construction.
Vient alors promptement le temps de la seconde audition ; elle est capitale. Les sonorités encore chaudes de la première écoute barbotent allégrement dans notre esprit. Le fil rouge du disque apparait désormais beaucoup plus limpide, et la volonté de l’auteur derrière chaque morceau se révèle bien plus nette qu’au préalable. “Surge” n’est alors plus qu’un simple drone intriguant, mais exalte un rétro-futurisme des plus visionnaires. Les voix, à leur tour, prennent tout leur sens : modulées et mutilées sur “Wooden Toy”, sous forme de comptine mystérieuse dans “Kitty Cat”, ou encore telles un énième instrument dans “Calculate”. Le sens de la matière sonore, incroyablement définie, se révèle également au grand jour : les basses apocalyptiques de “Goto 10” ou encore les sensibles et délicates cordes pincées de “Night Swim” se succèdent, se complètent, se fusionnent.
Arrive enfin l’étape finale, facultative mais ô combien appréciable face à une œuvre de cet acabit : la troisième écoute ne vise pas une connaissance des morceaux dans leurs moindres recoins, des moindres variations ; tout cela en demanderait un nombre bien conséquent. Non, cette écoute est un bilan, elle vise à alerter l’auditeur de la qualité du maelström sonore qui parvient à ses oreilles, à lui faire prendre conscience que les titres qui ont fait ses premières intuitions (“Journeyman”, “Lost & Found”) à l’écoute du disque relèvent d’un génie certain, et tout simplement à lui faire définitivement admettre qu’il ne considèrera plus jamais le bruit comme une nuisance disgracieuse.

Tracklist :

01. Journeyman
02. Piece Of Paper
03. Goto 10
04. Surge
05. Lost & Found
06. Wooden Toy
07. Mass & Spring
08. Calculate
09. Kitty Cat
10. Bedtime Stories
11. Night Swim
12. Dropped From The Sky

 

‘ISAM’ – Full album with track-by-track commentary from Amon Tobin by Amon Tobin

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