Ancestral Voices – Night Of Visions

Métamorphose magique d’un véritable artiste de la musique électronique.

SMGHOROLP02 Artwork

9.0

10

Par Martin Drazel
Publié le 28 novembre 2015 | 10:54

Difficile de faire sans Liam Blackburn dans le paysage de la bass music. Ce touche-à-tout a débuté sa carrière d’Indigo avec quelques signatures dubstep chez On The Edge ou encore Mindset. Puis une tangente drum & bass, aux productions pointues sur Exit et Samurai, lui permettra de se faire un nom. Mais c’est surtout en duo avec Synkro, sous l’alias Akkord, que sa musique touchera le plus grand nombre. C’est avec tout le talent et la connaissance accumulées depuis ses débuts qu’il revient pour ce nouveau projet, mystiquement nommé Ancestral Voices. Cet alias a pour but d’être le véhicule d’une expérience mystique qu’a vécu l’artiste en Amazonie, dont il explique morceau par morceau l’évolution dans une interview pour Ransom Note.

 

Night Of Visions n’est pas un album qui se parcourt. Il faut s’asseoir, prendre son temps, laisser les nappes synthétiques nous englober jusqu’à l’enivrement. Délaissant mais n’oubliant pas ses origines, Liam s’attarde ici sur une forme plus éthérée, aérienne et méditative.
L’éponyme « Night Of Visions » ouvre cette introspection avec un rituel millénaire dont on ne comprend pas de suite l’implication. Lorsque les sifflements électromagnétiques interviennent, reviennent ces touches Indigo, à l’image de son Storm EP. « Ritual Terre » ouvre le spectre et arpente des plaines sombres, où une faible lueur de lampe à pétrole nous conduit progressivement vers une tribu qui semble relativement accepter notre présence. L’expérimentation, toujours au cœur de la musique de Liam Blackburn, prend ici tout son sens.
Le rythme s’est simplifié, quelques recettes d’Akkord sont reconnaissables, permettant ainsi à l’envoûtement d’opérer. Loin d’une forme aux restrictions multiples, la musique d’Ancestral Voices possède une liberté inégalée. Aucune priorité n’a été donnée à l’efficacité, l’artiste y préférant la musicalité. Cette envie de nouveaux espaces dirige tout l’album, nous laissant dans un vide intersidéral dont il est complexe de ressortir indemne. « Selva » se permet même une accélération là où tout semblait calme. L’aspect tribal des percussions utilisées dans l’album procure une sensation primitive très plaisante, Liam ayant cherché au-delà des sonorités habituelles et souvent appauvries qui jalonnent la musique électronique.

« Medicina » nous intronise totalement dans ce rite shamanique. Arrivé à ce stade d’écoute, l’auditeur devient une sorte de pantin. Il a oublié pourquoi il avait mis cet album en premier lieu, s’il souhaitait le découvrir ou s’il voulait juste se faire un avis. C’est une parfaite introduction aux « Invocations » qui suivent, car dorénavant nous ne sommes plus que des êtres incrédules sur l’autel de l’innovation. Les membres se disloquent et commencent une danse incontrôlable, alors que des animaux oniriques se faufilent dans nos subconscients. Oui, la puissance évocatrice de la musique d’Ancestral Voices va aussi loin que ça. Une fois le sacrement accepté, l’auditeur n’a pas d’autre choix que de se laisser transporter, abandonnant au passage toute tâche intellectuelle ou physique en cours. Rares sont les artistes capables de produire une telle aspiration.

La maturité à laquelle est parvenue Liam Blackburn lui permet d’exprimer toutes ses envies. On y perçoit son goût pour la musicothérapie, son amour de l’expérimentation magnétique ou encore l’utilisation quotidienne de la litho-thérapie. Cette intimité à cœur ouvert est d’une générosité impressionnante, pourtant son penchant pour des formes inquiétantes, voire oppressantes n’a pas disparu pour autant. « La Purga » et « Arachnae » sont de parfaits exemples de ces innovations dans lesquelles étouffement et liberté stellaire cohabitent avec une virtuosité unique.

Le chemin s’assombrit alors qu’intervient « The Feathered Serpent ». Totalement obnubilés par ce reptile à plumes, les aventuriers semblent avoir accepté leur condition. Tout se désarticule autour d’un rythme lancinant dont l’impulsion primaire génère une danse du feu. Mais chaque aventure connaît ses pertes, et c’est dans un silence stratosphérique que nous contemplons la renaissance cyclique gravitant autour de « Rebirth & Dissolution ».
Une fois libérés de ses entraves, l’élévation intervient sans prévenir, « Paititi » exprimant cette profonde pulsion de l’humanité envers son éveil, sa réincarnation. « Sleepless Night, First Light » conclut cette magnifique épopée par une parenthèse intérieure, composée de nappes aurorales et d’électricité statique, saupoudrés d’un cycle rythmique amenant la pluie. Chaque introspection se doit d’avoir sa catharsis, ce que produit cette note finale avec un brio incontestable.

 

Indigo a donc changé de couleur. Loin derrière lui se trouvent ces recherches rythmiques propres à Indigo et Akkord. Ancestral Voices lui permet d’être lui-même, sans se cantonner à une musique trop limitée pour l’immense étendue de son univers. Presha a du goût, c’est indéniable, il le prouve à nouveau en prenant le risque d’éditer cet album sur Samurai Horo. D’autant plus que le vinyle, superbe sampler marbré, contient deux morceaux exclusifs qui prolongent l’expérience. On ne peut que soutenir ce genre d’initiatives, et espérer que d’autres s’en inspireront, car le paysage électronique manque cruellement de chef-d’œuvres comme Night Of Visions.

Vous aimerez surement


    Fatal error: Uncaught Exception: 12: REST API is deprecated for versions v2.1 and higher (12) thrown in /home/seeksick/www/wp-content/plugins/seo-facebook-comments/facebook/base_facebook.php on line 1273