Andy Stott – Luxury Problems

Un album hanté.

ModernLove120912

8.6

10

Par Alexandre Aelov
Publié le 1 janvier 2013 | 16:17

Il y a des œuvres profondes, des œuvres inspirées, des œuvres folles qu’on oublie pas. Et il y a des œuvres hantées. Des monuments de maîtrise qui touchent à l’essence même des choses, à ce qu’on sent entre les lignes sans savoir le nommer. Des œuvres presque hors catégories qui sont allées respirer là où rares sont ceux qui s’y aventurent.
Andy Stott
avait jusque là gravité autour de formes plus ou moins sombres, au gré des EP, et fixé avec les deux courts albums We Stay Together et Passed Me By un style reconnaissable, profondément ancré dans une approche techno ralentie et étouffante. Avec Luxury Problems, il franchit un pas de plus. Un pas plus loin. Il invoque, il ressuscite, dans l’obscurité quasi complète qu’il a crée.

Si les deux albums précédents étaient hypnotiques, celui-ci intègre un élément majeur : la voix, celle d’Alison Skidmore, ancienne amie et professeur de piano d’Andy. Dès le premier titre, l’hallucinant Numb, cette voix samplée, découpée, réarangée, permet au titre d’acquérir une puissance d’évocation rare, en aérant grandement le tout, ce qui permet du même coup de développer une ligne rythmique qui a rarement été aussi sourde. On assiste exactement au même développement sur Lost and Found, au style bien connu, où la voix se fait quasi mystique, moins intime.
A partir de là, les tracks faisant figurer cette magie nouvelle se développeront de manière toujours singulière, qu’il s’agisse de Hatch the Plan ou du morceau éponyme Luxury Problems. La palette de teintes que Stott fait prendre à ces tracks s’en trouve donc démultipliée, gagnant en richesse et en étrangeté, et jouant de fait sur un ensemble de variations de sa base stylistique qui plongent dans des abysses rarement explorées. Il suffit de considérer Sleepless, Expecting et Up the box pour se rendre compte, en l’absence de partie vocale féminine, jusqu’où l’obscurité s’infiltre, les rythmes se faisant toujours plus lents ou concassés, les structures plus lancinantes, le traitement de chaque son et de chaque sample comme un étouffement où quelques surgissements de lumières suffisent pour continuer, encore, cette longue descente.
Cependant, rien n’est binaire au milieu des ombres et c’est avec une grande finesse et dans une parfaite cohérence que l’album se termine, Leaving ouvrant sur un étrange réveil, la voix se déployant lentement, sans accroc, sur la douceur teintée en centaines de nuances mélancoliques des nappes et des basses.

On sort de cet album comme on entre dans le jour accompagné des débris des rêves du soir, dans l’attente inquiète que la nuit revienne, toute puissante, intime, totale. Andy Stott touche ici à la quintessence de son travail, trouvant la matière à une complexité et à une totalité qui manquaient peut-être (mais rétrospectivement) à ses précédentes productions. Au-delà de la cohérence, de la maîtrise du producteur, de la beauté, c’est le sublime qui vient. Un album hanté.

 

Tracklist :

1 – Numb
2 – Lost and Found
3 – Sleepless
4 – Hatch the Plan
5 – Expecting
6 – Luxury Problems
7 – Up the box
8 – Leaving

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    3 Comments

    1. Djrum - Seven Lies - SSS / SeekSickSound 31 janvier 2014 at 10:55

      […] pensait la scène UK morte depuis un certain temps, car mises à part les galettes de notre cher Andy Stott et de Burial, rien de bien exceptionnel n’est sorti. A cette image, le dernier Mount Kimbie est […]

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