Antigone – The Deadly Games of Gamma

Antigone confirme son statut d’artiste à suivre.

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8.1

10

Par Alexandre Aelov
Publié le 16 avril 2013 | 18:29

Ça ne vous aura certainement pas échappé : Paris, que tout le monde considérait encore il y a quelques années comme un désert électronique, connaît un retour d’engouement certain pour les beats mentaux et les insomnies saines, en bref Paris se berlinise au rythme d’une techno fraîche et bienvenue. Entre autres initiatives devenues rapidement des institutions, la Concrete est tout autant devenue une plaque tournante de grands noms qu’un vivier parmi d’autres d’excellents artistes émergeant.
Antigone est de ceux-ci, non seulement résident mais également producteur avisé remarqué pour son premier EP Forbidden Works sorti l’an dernier sur Construct Re-Form. Aussi c’est avec une joie non dissimulé qu’on s’est pris cette grande claque dans la gueule, tendant l’autre joue par la même occasion, à l’écoute de The Deadly Games of Gamma.

Si le précédent EP, Forbidden Galaxy, sorti en février dernier, laissait d’avantage de place à des approches granulaires au bon goût de mentalisme, c’est avec une rugosité toute en kicks et tubes métalliques que The Melody ouvre la partie. Toute la subtilité ici ne réside pas tant dans les sons et textures, assez communs au final, mais dans une manière très justement dosée de ne jamais laisser retomber la tension, passant le relais d’une ligne à l’autre, en faisant ricocher la dynamique d’un bout à l’autre de la track.
Riche et varié, le style d’Antigone annonce la couleur. Passé l’excellent remix de ROD prenant le parti de mettre en avant synthés leads instables et ligne rythmique simplifiée au possible, on entre dans le vif du vortex.
Sans vouloir abuser de masturbation interprétative, on peut annoncer sans trop se planter que l’EP tourne clairement sur un jeu de variations tout en ombres, jouant de tableaux qui se répondent sans forcément se croiser. C’est un paysage urbain, c’est un labyrinthe souterrain, c’est du Escher, c’est atomique et plus ou moins postmoderne. The Toymaker, avec sa ligne lead légèrement malsaine de fête foraine pour marionnettistes mutants, saura sans doute retourner les derniers neurones des ravers qui sommeillent en vous.
The Suburbs renverse la vapeur et, à l’inverse, vous laissera un goût de béton et de suie sur le bout de la langue. Électrolysez les deux et vous avez The Time Merchant, sorte d’accident entre instabilité mélodique et terreur percussive, rayonnant comme une flaque d’essence sans manquer de groove dur et métallique. Au final, on a ici un EP d’une rare cohérence, au style affirmé gravitant autour d’éléments clés, tout le secret résidant dans un art précis de la variation autant que dans une tension intacte du début à la fin.

Antonin Jeanson signe là un troisième EP d’une maturité musicale et conceptuelle assez rare dans le monde de la techno. Hypnotisant et cognant à tout va, sa musique sait marcher sur le fil sans jamais chuter. Un style, une énergie, et déjà un souci de ne pas se reposer sur ses lauriers. Un quatrième EP, The Astral Traveller, est déjà annoncé, prenant un tournant dub techno hanté des spectres de Détroit. Antigone, un artiste à suivre et à ne pas lâcher d’une semelle.

 

Tracklist:

1 – The Melody
2 – The Melody (Remix by ROD)
3 – The Toymaker
4 – The Suburbs
5 – The Time Merchant

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