Antwood – Sponsored Content

Après un premier album l’an dernier, Antwood revient chez Planet Mu avec Sponsored Content, nouvel album éclaté mais amical, rebelle et savant.

antwood

8.7

10

Par Michaël Hallé
Publié le 29 septembre 2017 | 8:43

Dans la vogue actuelle du post-industriel, certains noms se détachent : Chino Amobi, Elysia Crampton. Signes distinctifs : une musique à la fois solipsiste et hyper-référencée, synthétisant les influences et réconciliant les contraires, ce qui ne rend pas leur musique d’un abord aisé pour autant. Antwood (anciennement Margaret Antwood, Tristan Douglas de son vrai nom), après un EP et un premier album chez Planet Mu l’an passé (le très bon Virtuous.scr), revient sur le même label nous gratifier d’un hybride aussi dancefloor que savant, qu’on pourrait résumer par l’étiquette un peu tarabiscotée d’Industrial Breaks.

Tous les morceaux sont ici faits d’une même étoffe aérienne aux textures très épaisses et étudiées, ne lésinant par sur une distorsion enjouée, qui rappelle par moments le dernier opus de Daniel Lopatin. L’album repose cependant également sur un principe de légèreté, cette fois relativement absent de son abrasif aîné. Un soupçon d’auto-parodie vient presque se glisser sur certaines pistes où les samples vocaux – principalement issus d’une interview de Mark Zuckerberg, citée avec un ostentatoire sourire en coin – sont distendus à l’extrême, dans ce qui semble parfois tendre vers le pur jeu sonore, mais ne résonne jamais comme un strict artifice. De toute évidence, l’objet premier de l’album n’est donc pas de formuler un discours quelconque, si ce n’est pour le recanaliser aussitôt dans le creuset d’une ambiance « apocalyptique fun », très imprégnée de culture Internet (il n’y a qu’à lire la tracklist pour s’en convaincre). Entre drones disséqués en couches multiples, arythmies en forme de ludiques dérapages contrôlés et syncopes magnifiées par le timbre, le son Antwood pourrait être décrit comme alliant le velouté au clinique. Aussi tendre qu’aiguisé, mais jamais déroutant à l’excès. C’est l’une des forces considérables de ce LP : le programme est clair, mais ne sombre pas dans l’attendu par excès de radicalité volontariste.

Antwood semble avoir un vrai souci euphonique, louable pour un musicien issu d’un univers quelque peu hermétique. Les singeries postmodernes, qui n’ont ici rien de la pose servile, viennent ajouter la fraîcheur évoquée à l’ensemble, sans occuper le centre du spectre musical, qui demeure très condensé et galvanisant (voir « The Hyper Individual »). Le recours aux timbres métalliques donne le ton d’entrée de jeu : l’album sera percussif, fait de silences trompeurs, parmi lesquels on pourra discerner d’étonnantes résurgences de trap (« Disable Ad Blocker », « Commodity Fetish Mode »), qui ne se noient pas dans de vains clins d’œil et apportent distinctement leur pierre à l’édifice, notamment par un très habile séquençage des snares, diffractés à l’envi. Pour couronner le tout, les pointes d’ambient bienvenues (l’interlude « Derealization », notamment), les échantillons vocaux aussi quirky qu’habilement insérés (et servis par quels loops entêtants, presque reichiens), ainsi qu’une conclusion toute en arpèges effrénés qui rappelle l’élan des meilleurs tubes PC Music.
En plus d’opérer une belle continuité avec son prédécesseur, Sponsored Content offre donc une musique éclatée mais amicale, malicieusement politique, évitant à tout prix les diatribes contestataires pour se montrer rebelle dans son fonctionnement même.

Tracklist :

01. Disable Ad Blocker
02. The New Industry
03. FIJI Water
04. Wait For Yengi
05. I’m Lovin’ I.T.
06. Sublingual
07. ICU
08. The Hyper Individual
09. Commodity Fetish Mode
10. Derealization
11. Don’t Go
12. Human

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