Audeka – Lost Souls

Œuvre pluridisciplinaire atypique, Lost Souls sonne le glas d’une neuro-funk nombriliste.

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8.6

10

Par Martin Drazel
Publié le 12 octobre 2016 | 14:44

MethLab avait attiré notre oreille avec ce très bon Invisible EP de War sorti cet été. Il continue d’osciller à la limite de la neuro-funk avec ce remarquable album du trio américain Audeka : Lost Souls. A la fois peintres, écrivains et compositeurs, ils nous proposent ici une véritable aventure sonore et visuelle, dont l’histoire imprègne l’album, appuyée par un dense scénario de S-F lisible ici.

Chapitré pour suivre l’histoire de Velok, être éthérique torturé qui lutte contre son état immatériel, Lost Souls possède une impressionnante faculté à jumeler narration et musique. De fait, les idées d’Audeka sont totalement libérées du carquois de l’efficacité. Chaque morceau se doit de suivre, voire d’accentuer la narration de ce trio de voyageurs inter-dimensionnels aux prises avec un monde étrange sur lequel ils se sont transplantés. On navigue ainsi entre dubstep synthétique, neuro-funk déstructurée ou encore bass music ténébreuse.
Ce genre de concepts annexant imagerie et sonorités électroniques n’est pas nouveau. Déjà expérimenté par de nombreux artistes, à l’image des séries Oumupo ou encore de la rencontre entre Erik Truffaz, Murcof et Enki Bilal, l’appui pictural racontant une histoire sonique est un exercice répandu. Rares pourtant sont les artistes capables de trouver une telle cohésion entre l’ambiance de leurs dessins, la thématique développée par l’histoire et la musique accompagnant le tout. Dans ce jeu tripartite, Audeka excelle. Chaque morceau pourrait être écouté indépendamment du manuscrit que ce dernier fonctionnerait quand même. Cerise sur le gâteau, la qualité des compositions est bluffante de précision. Des titres comme « Ancestral Call » ou « Shadow Walker » sont brillants de puissance et possèdent une énergie dévastatrice, alors que d’autres sont plus subtils, tel « Necromancy » avec le duo allemand Rawtekk.

En aucun cas Lost Souls ne se veut pourtant un album expérimental. On évolue bel et bien au sein d’un univers saturé aux ambiances anxieuses ponctué d’envolées lyriques dignes de La Neuvième PorteCe dramatisme inhérent au texte transparaît parfaitement dans ces harmonies désaxées. La maîtrise technique est aussi au rendez-vous, pleinement perceptible sur « Archdemon » ou encore « Engulfing Darkness » qui introduit l’album. Le trio détient une science de l’espacement et du bruit qui commençait à manquer dans une neuro-funk cherchant de plus en plus l’accumulation au détriment d’une spatialisation finement ajustée. Il en va de même pour le dubstep d’Audeka, détendeur lui aussi de cet espace structuré ; quoi de mieux d’ailleurs pour soutenir une histoire de science-fiction ?
La seconde partie de l’album s’enfonce un peu plus dans les ténèbres, notamment lorsque la chanteuse du trio démontre toutes ses capacités dans ce tournant de l’histoire qu’est « Soul Veil ». Nous sombrons progressivement dans un sentiment nostalgique, où la musicalité se veut plus aérienne. « Mending Tree » continue sur cette lancée avec son arpège continu. L’étouffement de la première partie de l’album laisse place à une envolée méditative du plus bel effet.
Il ne s’agissait pourtant que d’une parenthèse, car dès « Altar of the Lost » et « Primordial », l’oppression refait surface. Ce nouveau chapitre renoue avec la destruction en apesanteur, ce qu’Audeka manie impeccablement. Tels des rescapés d’un accident dimensionnel, nous pouvons à nouveau respirer avec les deux derniers morceaux de l’album, où l’on retrouve cette inquiétante tranquillité qui avait servi d’interlude à ce cauchemar technologique. « Purify » et « Beautiful Souls » referment le livre qu’il nous a été donné d’arpenter par une note légère et introspective, car c’est ainsi que Velok termine son épopée.

Œuvre pluridisciplinaire généreuse oscillant entre lumières et ténèbres, Lost Souls aura su jumeler trois méthodes narratives pour créer un projet atypique et inimitable. Un tel effort mérite toutes les récompenses, pourquoi pas une adaptation par les plus grands studios hollywoodiens. On salue cette réalisation portée par une volonté d’innovation, car c’est exactement ce dont a besoin la neuro-funk pour ôter ses œillères actuelles et dépasser son statut de musique à dance-floor. Audeka a gagné ses lettres de noblesse avec cet album, devenant ainsi un trio à suivre de très près !

Tracklist :

1 – Engulfing Darkness
2 – Lost Love
3 – Oracle
4 – Ancestral Call
5 – Into the Deep
6 – Shadow Walker
7 – Demon’s Keep
8 – Necromancy w/ Rawtekk
9 – Archdemon
10 – Soul Veil
11 – Mending Tree
12 – Altar of the Lost
13 – Primordial
14 – Purify
15 – Beautiful Souls

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