B/B/S – Brick Mask

Brick Mask se révèle être un album très difficile à déchiffrer, mais notre patience envers cette comète taillée dans le métal le plus rigide et le plus noir ne peut-être que récompensée.

B_B_S_-Brick-Mask

7.4

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 26 janvier 2013 | 16:25

Il nous semble de plus en plus évident que Berlin sera la ville culturelle du 21e siècle, mais surtout la ville du monde de la nuit. Le Berghain n’est qu’un exemple unanimement connu parmi tant d’autres, montrant le rayonnement musical de cette ville. Mais il existe bon nombre d’autres lieux, plus insolites, comme des églises (la Grunewaldkirsche entre autre qui a servi à l’élaboration du dernier album de The Alvaret Ensemble) qui sont utilisées à des fins musicales. Berlin c’est aussi le siège de nombreux labels comme Osgut Ton, Sonic Pieces, ou encore Miasmah, géré par Erik Skodvin (connu pour être la moitié de Deaf Center).
Ce dernier est entré en contact ces derniers temps avec deux autres autorités du milieu expérimental : Aidan Baker (dans le groupe Nadja) et Andrea Belfi qui nous avait gratifié d’un album extraordinairement exigeant mais non moins intéressant en 2012 (Wege sorti sur Room40). Ces trois-là formèrent durant quelques mois le trio B/B/S (correspondant aux initiales de leur nom) pour la création d’un album unique en son genre, Brick Mask, qui sortira fin février sur Miasmah.  Toutes personnes réfractaires aux musiques expérimentales sont cordialement priées de passer leur chemin (sur la pointe des pieds s’il vous plait), car une certaine étroitesse d’esprit pourrait vous souffler que tout ceci n’est qu’une immense mascarade. Ce qui est absolument loin d’être le cas.

Il est des albums fait d’une matière tout à fait étrange, qui dégagent une aura impalpable mais qui pourtant se répand tout autour de nous. Brick Mask est de ce calibre-là. Lorsqu’on choisit de pénétrer dans un tel univers spectral, on est certains de ne pas en ressortir indemne. Nos trois geôliers sont là pour s’en assurer.
L’exosquelette de cette entité repose presque entièrement sur les percussions ; sans elles, ce long format ne serait qu’un orphelin, une ébauche partielle et tronquée de ce qu’il aurait pu être. Et en cela, la prestation de Belfi est en tous points fabuleuse puisqu’il met du « corps » à ces productions en adoucissant les sons ou bien en les exaltant aux moments propices. Brick est l’un des plus parfait exemple en se constituant d’une montée en puissance progressive des rythmes qui finissent par atteindre une allure presque sauvages sur la deuxième moitié. Le grain produit est très fin, semblable à de la poussière de météorite. Car s’il est une chose certaine, c’est que Brick Mask a été conçu bien loin des codes habituels dégageant une atmosphère fantomatique extrêmement corrosive.
Bien appuyé par la guitare et la basse de Skodvin et de Baker, le versant doom/drone-metal apporté par ces derniers contribue pleinement à des ambiances suaves mais pourtant menaçantes. Les expérimentations soniques des compositions sont tout à fait singulières, et donnent quant à elle un caractère acéré à cet objet tombé du ciel. Ecouter cet album revient à marcher sur un lit de pics de glace : leurs tranchants nous entaillent tandis que le froid nous brûle à l’intérieur de la plaie. La glace se propage alors dans notre organisme et le noir nous envahit. A ce partir de ce moment là, tout espoir semble perdu. Nous continuons de sombrer tout entier dans ce néant, dans lequel des créatures polymorphes viennent nous narguer en nous tenant prisonniers. Nous voilà ainsi à la dérive, entièrement consumé, entre rêve et cauchemar, entre lucidité et incompréhension.

Brick Mask se révèle être un album très difficile à déchiffrer, mais notre patience envers cette comète taillée dans le métal le plus rigide et le plus noir ne peut-être que récompensée. C’est un disque parfait pour les nuits où le sommeil se refuse à nous et  ce songe singulier imaginé par les trois protagonistes va s’emparer lentement de nous. Les monstres de nos fantaisies apparaissent enfin et semblent plus que jamais être affamés de chair et de sang.

 

 

Tracklist :

1. Brick
2. Mask
3. Plants
4. Mott

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