Ben Frost – A U R O R A

Et la palme de la déception de l’année revient à… Ben Frost. Trop c’est trop.

SSS Chronique - Ben Frost - A U R O R A

5.5

10

Par David Robert
Publié le 16 juin 2014 | 15:43

Ben Frost est une créature de la nuit, assurément. Le genre qui s’insinue lentement dans votre esprit pendant que vous êtes endormi afin de transformer vos rêves en cauchemars. Depuis le début des années 2000, il cultive un son viscéral et sinistre entre noise, drone, ambient et expérimental, assez puissant pour venir, comme la gangrène, ronger chaque parcelle de bonheur existant chez celui qu’il rencontre. En résultent alors des sentiments de désolation et d’effroi que les monumentaux albums « Theory Of The Machines » et « By The Throat » (tous deux sortis sur Bedroom Community) ont pris soin d’enfoncer durablement au plus profond de notre être.

Avec ce nouvel album, il semble vouloir s’élever au dessus du commun des mortels pour libérer ses émotions. Des émotions tellement puissantes qu’elles ne peuvent qu’être véhiculées par la voie du sonique. Et tant bien même, le son semble lui aussi bien peu de chose face à ces déferlantes de textures drone ardentes au possible qui transforment l’espace en brasier, de percussions solennels et martiales et de mélodies déchirantes. Pour faire simple : « A U R O R A » anéantit tout sur son passage.
Il n’est pas humain, il est autre. Il est supérieur. Tout du moins c’est ce que son géniteur voulait qu’il soit. Et c’est là le vrai problème de cet album. S’il est dramatique, il est aussi parfois théâtral. Et s’il est puissant, il peut être exubérant.

Quand tout est recherche d’apogée et de consécration et que la surenchère est le maitre mot, alors la splendeur devient arrogante ou de mauvais goût.

On avait pourtant plus qu’accroché à « Venter » et son colossal pouvoir abrasif jaillissant au sein d’un univers plus sombre que de raison. On s’en était délecté comme s’il s’agissait de l’apothéose de l’album, là ou Ben Frost laissait exploser à la fois sa fureur et sa détresse au travers de claviers infiniment torturés après une reprise abyssal. Le titre nous écrasait ainsi au fond de notre fauteuil avec une violence qui ne devait pas avoir son pareil sur le long format et devait assez logiquement être le point ultime de l’album. Sauf que cette luxure dictatoriale dans les textures et dans l’intensité n’incarnait pas la consécration, mais presque un fil d’Arianne. En effet, Ben Frost pousse malheureusement sur la grande majorité de l’album la mise à scène à son paroxysme.

A l’inverse, comme une tragiquement fameuse grenouille, Ben a tellement gonflé le torse qu’il en a explosé. Et c’est bien dommage.

Si certains titres pris séparément sont assez poignants, à l’image de « Dehenyle Oxalate », véritable orage dont le déchainement des foudres métalliques fait  hurler de douleur les machines, d’autres ne nous donnent que trop le désagréable ressenti d’outrancier. On pense par exemple à « Secant » et ses claviers parfaitement kitchs. L’ensemble vient alors taper dans le grandiloquent outre mesure par des claviers balourds aux mélodies sirupeuses (« A Single Point Of Blinding Light »), des textures dont l’embrasement semble parfois surfait et une rythmique à la logique martiale trop orgueilleuse (« Rare Detay »).
Quand tout est recherche d’apogée et de consécration et que la surenchère est le maitre mot, alors la splendeur devient arrogante ou de mauvais goût.

Ben Frost semble avoir perdu quelque chose avec cette quête du toujours plus. Quelque chose qui a avoir avec l’intégrité, et quelque part avec un manque d’humilité. Quelque chose qui aurait pu rendre cet album superbe, et dans la droite lignée de ces autres réussites. A l’inverse, comme une tragiquement fameuse grenouille, il a tellement gonflé le torse qu’il en a explosé. Et c’est bien dommage.

 

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