Bepotel – Kikkerkelik

Il y a dans cet ep, formellement club, la trace d’un groupe autoproduit.

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7.0

10

Par Florent Letellier
Publié le 13 décembre 2013 | 11:08

Bepotel est la forme, au présent de l’impératif, du verbe néerlandais bepotelen qui signifie grossièrement « toucher ». Non sans une certaine intention : celle d’investir on ne sait quoi dans l’objet touché – de l’amour d’abord, éventuellement de la malice… Caresser ou tâter donc, mais encore magouiller ou truquer ; effleurer ou fouiller, un objet de respect ou de convoitise. Dans tous les cas il s’agit d’un transfert d’énergie ; quant à l’indétermination intentionnelle de la manipulation en question, cela ne doit pas nous empêcher d’avancer car en vérité je vous le dis, les Bepotel nous veulent du bien !

 

Bepotel est l’association, en groupe et en micro-label, de &apos, Sagat et Walrus, trois bruxellois influencés par la dance music, explorant depuis 2007 les possibilités marginales du genre : selon des méthodes inclassables – adeptes des sessions d’improvisations et des anomalies programmatiques – ils ont surtout aspiré à des synthèses expérimentales. Des formes plus proches de la réminiscence ou de l’évocation du club que de la musique qu’on y joue. La soumission pour le groupe à l’exercice formel de la dance devait attendre : Sagat trace en solo sa vision de la techno en héritier au troisième degré de Basic Channel (playlisté par exemple sur le fabric66 d’on-sait-qui), pendant que Walrus balade ses vinyles de Maxmillion Dunbar et de Ron Trent dans les meilleures soirées de la capitale belge, en trouvant le temps de produire notamment une fabuleuse tape de nu disco à écouter sur le bandcamp du label.
Un remix de Artificial Horizon de Shoc Corridor, merveille de wave des années 80 rééditée par le label Testtoon, nous donnait en janvier une idée de ce que pourrait être la concrétisation en un style nu house des obsessions de Bepotel . Cet EP sur Vlek Records, où l’on peut apprécier justement la techno de Sagat, fût donc une bonne nouvelle !

Kikkerkelik s’ouvre sans détour sur une minute de cent-vingt-cinq pieds, habillés pour l’occasion d’une inlassable note de basse et d’un claquement de snare particulièrement sec. Une large cymbale intervient qui ne manque pas de marquer le contretemps. Puis le cœur de l’ouvrage : une mélodie de vague salsa à la séquence chaotique parcourt le morceau, comme ivre, titubant magistralement entre les coups de pied. Une voix s’en mêle, et l’ordre séquentiel s’emballe en un swing dysfonctionnel qui dévoile l’objet du titre, ce croassement infernal (car kikker signifie bien « grenouille ») qui rappelle les gazouillements psychotropiques du premier LP de Container.
Kaketu est plus lent (120 bpm), emmené par un synthé acid house à l’overdrive subtil. La snare, feutrée, est punchy, assortie à chaque temps d’un clap à la reverbération courte et massive. Une puissante vague synthétique vient ponctuellement appuyer le groove de ce titre, le plus belge du disque !
La face b s’ouvre sur une ambiance de rotative fordiste, et se déroule comme un vol vers le Michigan : plus rapide (128 bpm), Swth Central reprend les codes de la house de Détroit, avec cette nappe qui invite au voyage, cette basse sexy, ces roulements de snare puis ce clavier jubilatoire digne du meilleur de Yuzo Koshiro pour Sega. A mi-chemin, une présence masculine survient, et si son discours est insaisissable, on lui répondra toutefois par un grand sourire pour continuer la route sous les suaves auspices de sa voix !
La dernière piste nous rappelle que ces trois sorciers partagent avant tout un amour de l’expérimentation qui confine à l’insanité. Wormhole perpétue le genre de recherche menée depuis longtemps via leurs morceaux autoproduits : creuser, sur une trame jazzy, l’espace entre confort et inconfort, par la recherche de formes impossibles et d’ambiances granulaires.

 
Il y a dans cet ep, formellement club, la trace d’un groupe autoproduit : non vraiment lo-fi, mais résolument attaché à l’honnêteté du processus, à l’image de l’impression mécanique et de la confection manuelle des pochettes des cinq cent copies, selon la tradition chez Vlek. Un bel objet donc.
 

 

Tracklist :

1.  Kikkerkelik
2. Kaketu
3. Swth Central
4. Wormhole

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