Bersarin Quartett – II

Chef-d’oeuvre au pouvoir pictural infini.

Gatefold-Cover_ly-004_FINAL_Outlines.indd

8.6

10

Par David Robert
Publié le 4 avril 2012 | 19:50

Tout avait pourtant mal commencé. A la première rencontre, il m’avait affirmé qu’ils étaient plusieurs. Quatre précisément. En l’écoutant, il m’avait laissé croire aussi qu’ils formaient un mini-orchestre.
On ne commence pas une relation par un mensonge, jamais.
Parce que leur musique respirait la parfaite harmonie, je les pensais incroyablement soudés. Mais je ne pouvais pas imaginer à quel point ils l’étaient. Ils, ou plutôt il. Bersarin Quartett, uni avec lui même. Bersarin Quartett, alias d’un seul homme, unique. Bersarin Quartett, imposteur.
Le simulacre n’a pourtant pas toujours été le jeu de Thomas Bücker. Sous le sans équivoque Jean-Michel, l’homme a offert une grosse poignée d’albums et de maxis. On peut trouver aussi de ça et là quelques travaux de mastering sous son vrai nom. C’est alors en 2008 qu’il s’offre la compagnie de trois amis factices pour l’aider à créer Bersarin Quartett, et livre un excellent album éponyme sur le petit label Lidar. Deux ans plus tard, le ponte de l’excellence qu’est Denovali lui offre un regain de visibilité en le rééditant sous sa coupe. Les critiques qui ont loupé le premier wagon n’ont alors plus que le choix de saluer cet essai.
Aujourd’hui, Bücker en livre la suite attendue. Une suite simplement intitulée “II”.

On a beau savoir pertinemment que Bersarin Quartett est le quart d’un quatuor, on a toujours du mal à s’y faire. On se plait alors à imaginer trois êtres fantomatiques, trois âmes infiniment torturées, gravitant autour de Thomas Bücker. La grande faucheuse leur avait pourtant sorti le carton rouge, signe d’une expulsion en bonne et due forme du match des mortels. A eux s’ouvraient l’infini du posthume. Le créateur avec la barbe blanche leur avait alors promis comme à tous les autres le repos éternel.
Foutaises.
On peut supprimer les douleurs physiques, mais pas panser une conscience. Comme un boulet, notre monde est enchaîné à leurs chevilles. Comment trouver le sommeil là haut, comment se libérer définitivement de sa conditions d’humain tant qu’il nous reste des choses à dire, des choses à faire ici bas ?
Et pourtant impossible pour eux de dire ce qu’ils ont à dire, de faire ce qu’ils ont à faire. Quand on se cache malgré soi dans l’air ambiant, quand on traverse les murs, il est difficile d’agir. C’est à ce moment là que notre homme intervient. Le dernier côté du carré, ou peut-être le premier. Celui qui s’en place à la base en tout cas, à même le sol. Celui qui, du fait de son statut d’humain, peut retranscrire par le biais de sa musique ce que les trois lui soufflent à l’oreille.
Chaque frottement de corde, chaque note de piano, chaque strate qui se déverse en direction des cieux se fait la voix des morts. Intensément mélancoliques, les morceaux ne sont que les reflets de leurs affects les plus profonds. L’incroyable “Perlen, Honig oder Untergang” soutient sûrement à cette image la plus grande des douleurs. Et plus cette quête des repentis avance, plus l’album évolue. Ainsi, les couleurs commencent à devenir plus claires à partir de “Kein Angst”. Et quand, en toute fin de parcours, “Jedem Zauber wohnt ein Ende inne” prend des allures jazzy qui ne sont pas sans rappeler le (véritable) quatuor Bohren & Der Club Of Gore et que “Nichts Ist Wie Vorher” se plait dans un post-rock délicat et léger, on se dit que l’absolution n’est plus bien loin.

Bersarin Quartett livre ici un chef d’oeuvre au pouvoir pictural infini. En espérant que l’homme se fasse de nouveau le médium d’âmes en peine pour un troisième volet – tout du moins, c’est tout le bonheur que l’on se souhaite égoïstement – cet album est à ranger parmi les plus belles réussites de ce début d’année.


Tracklist :

1. Niemals zurück
2. Zum Greifen nah
3. Im Lichte des Anderen
4. Der Mond, der Schnee und Du
5. Perlen, Honig oder Untergang
6. Einsame wandeln still im Sternensaal
7. Im Glanze des Kometen
8. Alles ist ein Wunder
9. Rot und Schwarz
10. Keine Angst
11. Hier und jetzt
12. Jedem Zauber wohnt ein Ende inne
13. Nichts ist wie vorher (morceau exclusif version 2xLP)

Vous aimerez surement

    Leave a comment

    Articles populaires

    Chargement des articles...
    Le chargement des articles a echoué, une nouvelle tentative va être effectuée automatiquement dans 5 secondes.

    Back to Top