Black Zone Myth Chant – Mane Thecel Phares

Avec Mane Thecel Phares, Black Zone Myth Chant livre une oeuvre sans fin ni début, semblant intemporelle, nostalgique et futuriste en même temps.

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8.1

10

Par Ernest Jumble
Publié le 8 avril 2015 | 8:24

Originalité française bien particulière, High Wolf, connu pour ses expérimentations drone, psychédéliques et hip-hop, revient sous un vieil alias, cette année, pour proposer une œuvre tribale signée aux Editions Gravats de Low Jack.

Grâce au pseudonyme Black Zone Myth Chant (raccourci en Black Zone MC), qu’il avait délaissé quelques années auparavant, High Wolf se permet un voyage auditif dans les espaces oubliés de notre planète, ce qu’on appelle l’exotisme. Si le projet fait notamment penser à Gang Gang Dance ou Sun Ra, c’est parce qu’il emprunte aux cultures africaines sub-sahariennes, égyptiennes, amazoniennes. Des percussions extrêmement variées et au tempo rapide, faisant étonnamment songer au genre trap, viennent se superposer à des nappes vocales longues et profondes, le tout se bouclant infiniment sur des essais électroniques rétro-80s aux accents acides, évoquant le farfelu mais classique Ten Ragas to a Disco Beat de Charanjit Singh.

Black Zone Myth Chant s’affirme comme une pierre précieuse du hip-hop expérimental : il suffit de jeter une oreille sur l’album Mane Thecel Phares pour se rendre compte de toute l’étendue du talent de l’artiste, celui-ci sachant garder une cohésion certaine et un style inhérent alors que tous les titres sont disparates, chacun ancré dans son propre scénario musical. Si « Orbit Slut » propose une odyssée intergalactique, « Pass Over into Nothing » s’impose comme un malaise gothique digne des plus effroyables histoires de Poe ; « If God is not Here » se présente lui comme une ode nostalgique au hip-hop expérimental d’antan, divin, analogique, aigu et céleste, avec toujours cette voix provenant des enfers, comme signifiant le retour à la vie d’un hip-hop depuis longtemps tapi dans les ténèbres.

 

Black Zone Myth Chant effectue donc un retour anxiogène, sans toutefois être aussi lo-fi et oppressant que son premier opus, Straight Cassette, qu’il avait enregistré en trois jours, probablement dans la fumée la plus opaque de ses consommations illicites. Ici, l’oeuvre est professionnelle, épurée, tout en instaurant une sensation malsaine, sataniste qui apporte une branche nouvelle

au hip-hop, le evil-rap ? Le dark-rap ? Car après tant d’expérimentations dans le milieu, personne ne sait exactement définir ce type de hip-hop, parfois qualifié de cloud rap.

 

L’album est si ambitieux que l’on reste toutefois sur sa faim : on aurait souhaité un très long format, quelque chose comme une vingtaine de titres, tant on pressent que l’artiste a encore beaucoup à exprimer en ce sens (il a déjà sorti une douzaine d’albums sous le nom d’High Wolf). Mane Thecel Phares est une œuvre qui n’a pas de fin ni de début, semblant intemporelle, nostalgique et futuriste en même temps, frustrante par la satisfaction même qu’elle procure.

Tracklist :

A1 – Belshazzar
A2 – In The Arms Of The Parcae
A3 – Orbit Slut
A4 – Two Stars, No Cross
B1 – He Evil
B2 – First Contact
B3 – Pass Over Into Nothing
B4 – If God Is Not Here

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