Blackdown – Those Moments

Blackdown marque avec son troisième album un nouveau jalon dans sa discographie, condensant sous une forme originale tout l’esprit de sa musique.

blackdown

9.0

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 2 décembre 2017 | 13:06

Les albums de Blackdown semblent toujours constituer dans sa discographie des jalons, marquant les inflexions de ses productions, mais aussi de ses sets, des sorties de son label Keysound et plus généralement de ses intérêts musicaux. Paru en 2008, Margins Music – réalisé en compagnie de son éternel acolyte Dusk, tout comme son second album et deux titres du disque qui nous intéresse aujourd’hui – paraissait au moment où le sommet de la vague dubstep s’ouvrait vers d’autres horizons stylistiques et sonores. L’album réalisait alors l’exploit d’incarner pleinement ce mouvement, en montrant tout l’héritage du dubstep tout en le portant vers de nouvelles directions. Quatre ans plus tard, Dasaflex s’inscrivait ouvertement et avec discernement dans la tendance 130, théorisée par Blackdown lui-même et revendiquée comme étendard par Keysound.

Le constat semble à nouveau s’appliquer à Those Moments. A cet égard, 2017 semble avoir constitué une année de doute et de tournant pour Keysound. Après une incroyable série de sorties l’an dernier, touchant au grime comme au gqom, à la scène deeptech ou à l’ambient, le label semble s’être replié cette année sur quelques sorties d’artistes lui étant associés de longue date, Sully en tête. Blackdown lui-même signait deux volumes de sa série Rollage, terme récurrent ces derniers temps dans la rhétorique du label. Rien d’étonnant, donc, à ce que Those Moments s’affirme comme un album différent. L’étonnement – c’est heureux – proviendra davantage de la musique présentée tout au long de cet album.

Those Moments se revendique comme un album weightless – ce courant fondé il y a trois ans par Mumdance et Logos pour désigner des productions grime dont s’effacent les rythmes et donc le poids. De fait, Those Moments tranche avec l’ensemble de la discographie de Blackdown par cette absence quasi-totale de rythmique. Néanmoins, là où les tentatives de Mumdance visent avant tout à impulser des énergies au sein de sets grime, restant donc orientées vers le dancefloor, Blackdown franchit ici un cap supplémentaire en offrant des compositions qui se retranchent complètement du club pour tisser leur propre dynamique.

Certes, les référents grime ou bass ne manquent ici pas : on pensera notamment aux basses menaçantes de « Heavy » ou aux références urbaines du titre « Hackney Vandal Patrol ». Aidé par ses années de passion et d’engagement pour ces musiques, Blackdown parvient cependant ici à assimiler ces éléments pour les incarner dans son univers propre : sur le sublime « Familiar Sound », premier grand moment de l’album, ces sonorités classiques tissent ainsi leur propre dramaturgie, se mêlant pour laisser survenir des nappes aigues dignes de nous tirer quelques frissons. « Those Moments » fait usage de samples vocaux que l’on imagine parfaitement ponctuer l’introduction ou le pont de titres plus classiques, mais qui émergent ici brusquement sur quelques notes de clavier s’éternisant peu à peu. Plus loin, « Hackney Vandal Patrol » fait enfin appel à quelques fragments de percussions, mais ces kicks semblent ici fournir un cadre aux sons qui tournoient dans nos oreilles plutôt que de chercher à les ramener derrière un DJ Booth. En clôture, l’excellent « Halcyon Skies » nous invite aux mêmes conclusions.

L’autre véritable pilier du disque nous semble pour autant être « Who Does It (KSA) », où le génial Trim semble répondre en négatif à Farrah, que l’on entendait sur « Familiar Sound ». Blackdown condense ici en quelques sons tout le sentiment d’oppression urbaine latente qui caractérise une grande partie du grime. Cette menace revient ici en écho, note après note, plaçant la voix de Trim dans une position inconfortable, que le MC parvient à occuper superbement, posant mot après mot, distinctement énoncés, sur une trame qui paraît nous rester invisible.

Tout l’art de Those Moments se dévoile dans ces instants. Avec ce troisième album, Blackdown parvient pleinement à extraire l’essence des musiques auxquelles il se consacre depuis une quinzaine d’années, et à l’exprimer sans avoir besoin de l’insuffler dans des titres tournés vers le club. Blackdown atteint ici une forme d’épure absolue de l’esprit qui parcourt toute sa carrière : c’est donc peu dire que Those Moments devrait constituer un nouveau repère dans sa discographie. Une autre caractéristique de ses albums a toujours été cette capacité à projeter de manière originale l’esprit de la bass music de son époque : Those Moments ne dérogera pas non plus à cette règle.

Vous aimerez surement

Leave a comment

Articles populaires

Chargement des articles...
Le chargement des articles a echoué, une nouvelle tentative va être effectuée automatiquement dans 5 secondes.

Back to Top