Bloom – Hydraulics

Dans une scène grime marquée par le renouvellement permanent, Bloom s’offre un retour remarquable avec quatre titres de plomb aux sonorités industrielles.

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8.3

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 20 novembre 2014 | 8:58

Il est toujours aussi passionnant de suivre l’explosion de créativité dont bénéficie le grime à l’heure actuelle : chaque artiste y apporte en effet sa touche personnelle, muni de ses propres références venant transformer les patterns hérités de l’histoire du genre. Surtout, si les principaux protagonistes de l’affaire, de Mumdance à Murlo, commencent à être bien repérés, d’autres talents percent ou re-percent régulièrement au grand jour pour rebattre une nouvelle fois les cartes. Crazylegs semble s’être fait une spécialité d’organiser le retour au premier plan de newcomers ayant pris le temps de forger leur univers : après Ziro il y a quelques mois, c’est au tour de Bloom de faire son grand retour.

Déjà aperçu chez Lost Codes et Gobstopper, Bloom revient ainsi après un hiatus d’un an et demi, uniquement brisé jusqu’alors par un remix pour Toyc qui prônait déjà la destruction totale de tout cadre trop stable.
Bloom a visiblement mis ce temps à profit pour parfaire ses aspirations, tant Hydraulics apparaît comme un EP à la vision musicale parfaitement construite. « Cold Grip » nous accueille dans un chaos mécanique de sons industriels arrangés frénétiquement, se convulsant dans le noir. On pense à un Jam City, passé à la moulinette grime et recomposé jusqu’à tomber en poussière sombre. Puis arrive ce synthé eski à l’odeur de soufre, prêt à emporter tout auditeur égaré sur ses chemins.

L’EP, désormais, s’organise comme une lente descente dans les profondeurs d’un son que l’on n’avait jamais entendu poussé aussi loin : l’abyssal « The Menagerie » utilise ses kicks pour recomposer un semblant de mélodie, alors qu’un sample vocal ambigu se fraie parfois un chemin parmi ces piliers de métal pour s’exprimer au premier plan. Difficile de ne pas être abasourdi par cette valse de débris sonores réunis d’une main de maître.
Jusqu’au-boutiste, la face B réussit même l’exploit de faire paraître les deux premiers titres comme conventionnels : on touche véritablement ici à quelque chose de nouveau. Les basses de l’introduction de « Dark Light » nous mènent ainsi à un nouvel assaut se reconstruisant sans fin autour d’une même attaque lancinante. Laissant entendre une respiration oppressante, « Vessel » nous achève, laissant une ultime fois les machines prendre le dessus. Chaque son semble découpé minutieusement pour mieux donner du sens à tous les autres, poussant à son terme l’exploration à laquelle nous nous trouvons conviés.

Hydraulics est un objet à approcher avec prudence, au vu de la violence se dégageant de l’ensemble. Si le grime est un genre ne s’adressant malheureusement encore qu’à un public réduit en dehors du Royaume-Uni – et en particulier en France –, cet EP a bien des arguments pour tous les amateurs de sonorités opaques et industrielles en général. Dans un style actuellement marqué par le renouvellement permanent, Bloom s’offre ainsi un retour remarquable avec quatre titres de plomb d’une radicale novation.

 

Tracklist :

01. Cold Grip
02. The Menagerie
03. Dark Light
04. Vessel

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