Bohren & Der Club Of Gore – Piano Nights

Bohren Und Der Club Of Gore signe l’une des œuvres les plus pernicieuses de sa discographie.

Bohren & Der Club of Gore - Piano Nights

8.3

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 19 janvier 2014 | 16:45

Les fils prodigues du doom-jazz, Bohren und Der Club of Gore, sont enfin de retour. Il aura fallu tout de même attendre longtemps avant de se mettre quelque chose sous la dent provenant du légendaire groupe allemand. Cinq longues années si on omet Beileid, courte interlude parue en 2011, qui, bien qu’emplie de nobles ambitions, montrait ses limites car le court format n’est décidément pas à la mesure de cette formation originaire de Müllheim. Le long format leur sied mieux et ils en sont conscients.
Retour en arrière.
Nous sommes en 1995 et Bohren sort un double CD, Midnight Radio qui resta pendant longtemps leur disque phare. Il engloutissait l’auditeur le long de deux heures trente dans les tréfonds des caniveaux. Puis en 2002 vint Black Earth qui terrassa tous nos espoirs après plus d’une heure d’agonie cérébrale.
Aujourd’hui, Piano Nights prend la relève tant attendue d’un Dolores qui nous laissait un peu sur notre faim. Ainsi, cet album sortant fin janvier sur la structure PIAS se concentrera essentiellement sur le piano droit de leur Studio à Cologne, mais surtout à montrer, comme ils l’ont si bien fait par le passé, que la mort n’est rien d’autre qu’une douce échappatoire.

 

It is happening again…
Vous souvenez-vous de cette phrase mythique déclamée par le géant de Twin Peaks à l’intention de Dale Cooper ? De cette impression de malaise qui s’en suivait, tandis que notre esprit se perdait en vagabondage, seul dans le noir, complètement paumé en train de tenter d’élucider ce mystère qui nous dépassait à tout point de vue ? Piano Nights ressemble trait pour trait à ce moment précis de l’intrigue. Tout juste inexplicable.
Si le piano avait fait quelques apparitions de ci de là, notamment sur Beileid, il n’avait jamais autant été mis en avant que sur cette œuvre. A n’en pas douter donc, Piano Nights porte très bien son titre. Mais au-delà de ces mélodies lascives en formes de points d’orgues à n’en plus finir, recèle une toute autre réalité, celle de compositeurs émérites qui ont l’audace de mettre nos nerfs à vif en privilégiant l’apathie à l’exhaustivité.

Rondes et blanches se succèdent tandis que croches et noires sont définitivement proscrites et mises au ban. Si une forme d’atermoiement se fait sentir, c’est que vous n’avez pas prêté une oreille suffisamment attentive, car Bohren Und Der Club Of Gore ne cherche pas à ralentir le temps, il cherche purement et simplement à l’annihiler.
Dans cet exercice de style extrêmement difficile à mettre en place sans perdre l’auteur en cours de route, on préférera les longs morceaux tels que Verloren (Alles) et Ganz Leise Kommt Die Nacht même si tout n’est que redondance et détresse dans ce contexte de débauche macabre. Les chœurs perdus au fond de cette toile sonore dépeignant une ruelle étroite où l’on trouve toutes sortes d’ordures et de dépravés, ne vous seront d’aucune utilité pour vous faire sortir de ce traquenard sans issus. Vous étiez condamné, atteint comme par un mal irréversible, et cela dès les premiers pas.

 

Piano Nights est d’un ennui mortel tout en étant paradoxalement peut-être le plus passionnant de ce début d’année. C’est peut-être grâce à cette lenteur pesante et pachydermique qui, à pas comptés, le long de ces mesures déstructurées et décontractées, nous nimbe de son halo plus noir que le noir et nous entraîne au pays des névrosés.
Bohren Und Der Club Of Gore signe là l’une des œuvres les plus pernicieuses de sa discographie, et cela n’est pas peu dire. N’espérez pas sortir facilement de cette torpeur dans laquelle vous êtes plongés, car empêtré comme vous êtes, se débattre ne vous aidera pas. Laissez-vous aller, jusqu’à sentir pleinement la nécrose qui gesticule sous votre peau et remonte jusqu’au cerveau. Après il sera bien trop tard pour se sauver, mais quand bien même, il était déjà trop tard lorsque vous aviez appuyé sur lecture non ?

 

Tracklist :

1.Im Rauch
2.Bei rosarotem Licht
3.Fahr zur Hölle
4.Irrwege
5.Ganz leise kommt die Nacht
6.Segeln ohne Wind
7.Unrasiert
8.Verloren (alles)
9.Komm zurück zu mir

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