Bruma – Architect Method

On souhaite à Bruma bonne chance pour l’avenir qui pourrait être synonyme de grand succès si les bonnes oreilles passaient par là.

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8.2

10

Par Leo Baqué
Publié le 13 décembre 2013 | 18:32

La première release d’un jeune label est toujours un évènement, c’est la naissance d’une identité qui commence à se construire et bien souvent l’aboutissement d’une longue période de gestation. Le moins qu’on puisse dire au sujet des toulousains du Cabanon, c’est qu’ils ont effectivement pris leur temps. En activité depuis 2010, le collectif a pris le soin de ne rien laisser au hasard, multipliant les évènements originaux entre Toulouse et Bordeaux, travaillant d’arrache-pied pour la direction artistique de ses poulains.
En résulte le premier EP de Bruma, bordelais remarqué par nos oreilles à l’occasion de quelques lives hallucinants, disponible en 12″ dès aujourd’hui. Le jeune sorcier expérimente et bricole des objets technoïdes depuis depuis quelques années maintenant, il construit pièce par pièce son setup et par là son identité musicale, identité sans laquelle ce concept-EP aurait eu toutes les chances de ressembler à un pet foireux plein d’orgueil.

 

Pour notre plus grand plaisir, il n’en est évidemment rien. L’EP déploie quatre paysages architecturaux complexes évoquant une ère post-industrielle en ruines peuplée de micro-percussions qui ne seront pas sans rappeler par moments les frénésies d’un certain Aphex Twin. Conçus comme le fruit d’une recherche en va-et-vient constant entre micro et macro structures sonores, chacun présente le caractère d’une expérimentation sur de nouvelles pistes offertes par la technologie pour concevoir le musical.
Pari tenu. « φ » débute sur une épaisse nappe de brouillard urbain, prélude à l’affirmation d’un post-dub sous amphétamines qui manie avec dextérité des motifs rythmiques complexes autour de basses quasi-glitchées : c’est probablement la piste la plus « accessible » (dans un sens qui n’a rien de péjoratif). « Maths » nous présente au contraire une architecture en pointillés de micro-motifs percussifs et tonaux qui évoquerait volontiers « l’envers du décor », un peu comme une coupe permettant de mettre à nu les structures internes d’un bâtiment, ou dans le cas présent l’envers musical d’un morceau, qui nous offrirait les aspérités sonores non-perçues à l’exclusion du reste.
« City Night Times » retourne à un modèle plus traditionnel reposant sur des samples de cordes frottées, frappées et pincées, laissant transparaître petit à petit un arrière-plan rythmique extrêmement riche articulé autour de basses sourdes, frottements, glitchs, bruits blancs, évoluant vers les sonorités plus rugueuses d’une techno organique rampante. « Euclid µ-tonal Patterns » propose enfin un voyage expérimental dans une ambiance éthérée soutenue par un kick permanent accompagné de bips qui se feront régulièrement oublier à la rencontre d’objets sonores variés et remarquablement bien taillés évoquant un paysage futuriste désolé.

 

On ne peut ici qu’acclamer le coup de maître du jeune bordelais qui nous livre un début plus que prometteur. Au niveau conceptuel comme sur le plan technique, il n’a rien à envier aux grands artistes expérimentaux du moment. Le son est d’une propreté, d’une précision et d’une puissance remarquable, avec un sound-design léché. Voilà qui est impressionnant pour un jeune label aux moyens limités.
L’aspect intellectuel n’est évidemment pas en reste, l’artiste nous proposant un monde futuriste cohérent et fascinant au travers de ces quatre paysages ravagés. En bref, on souhaite à Bruma bonne chance pour l’avenir qui pourrait être synonyme de grand succès si les bonnes oreilles passaient par là.

 

Tracklist:

A1 - φ
A2 - Maths
B1 - City Night Times
B2 - Euclid µ-tonal Patterns

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