Burial – Temple Sleeper

Nous revenons sur le dernier single de Burial pour Keysound : un objet musical intrigant et une énigme insoluble.

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Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 5 février 2015 | 8:58

Sorti dans la discrétion la plus totale – pas d’annonce préalable, une simple apparition sur le Bigcartel de Keysound Recordings annoncée sans éclat particulier par Blackdown sur Twitter –, ce nouveau titre de Burial a bien sûr déjà suscité son inévitable flot d’avis et de commentaires en tous genres sur l’ensemble des plateformes touchées d’une manière ou d’une autre par la musique électronique actuelle. Il faut avouer qu’avec son sample issu d’un vieux titre trance, placé en principal fil rouge du titre, et sa construction erratique, « Temple Sleeper » s’avère particulièrement clivant.

De quoi s’interroger sur la nécessité d’une chronique : que peut apporter un avis de plus au sein de ce torrent ? Il s’agit alors de préciser notre conception d’une critique musicale : plus qu’un avis n’engageant finalement que son auteur, une chronique est à notre avis une interprétation, cherchant à fournir une voie d’accès à l’oeuvre, une manière de la comprendre.

Il y a, dès lors, bien des choses à dire sur ce nouveau titre de Burial. Poursuivant dans la logique de ses dernières sorties, l’artiste adopte à nouveau une structure composite, proposant des fragments de titres enchaînés plutôt que de proposer une unique construction. Cette logique est pourtant ici poussée dans un jusqu’au boutisme nouveau : ces fragments sont griffés en plein cœur, avant de reprendre plus loin ; surtout, ces divers extraits paraissent ici liés entre eux, connectés par un tissu de breakbeats et de synthés old-skool. Réduit à six courtes minutes, là où les dernières propositions de Burial dépassaient parfois allègrement la barrière des dix, « Temple Sleeper » en devient difficile à appréhender, prenant une forme délibérément chaotique : alors que l’on s’adapte tant bien que mal à ce pattern central hérité de la trance, celui-ci est annihilé, avant de revenir de plus belle.

Pour la première fois, Burial s’adonne par ailleurs à des tempos plus rapides ; combinés aux breakbeats que l’on retrouve d’un bout à l’autre, ainsi qu’au sample vocal final tout droit emprunté à The Prodigy, « Temple Sleeper » se positionne ainsi en référence claire aux premières années du hardcore à la britannique, source de 25 ans de musiques électroniques outre-Manche. Rien d’étonnant : de Special Request à Tessela, ces influences ont été remises au goût du jour au cours des dernières années. La démarche de Burial est pourtant singulière, portant sur le UK Hardcore le même regard distancié que celui qu’avaient Burial et Untrue sur le UK Garage.

Plutôt que d’émuler le son de l’époque, en recréant des morceaux similaires aux productions d’alors, Burial semble en effet chercher à produire la même mélancolie teintée de nostalgie que l’on retrouve à l’écoute de vieux enregistrements de sets datant du début des années 1990, en s’imaginant les danseurs alors présents dans la salle, écoutant des DJs qui étaient, sans en être vraiment conscients, en train de marquer l’histoire de la musique. C’est probablement ce qui explique cette forme de mixtape chaotique, associant les fragments comme on aurait collé divers enregistrements en succession sur une même cassette ; c’est aussi certainement la cause de cette production paraissant éloignée, embrumée, ponctuée de samples vocaux planqués dans le décor.

C’est, enfin, sûrement, la raison pour laquelle Burial a su dissimuler quelques surgissements de beauté au milieu des aspects les plus hideux de la rave : en plein cœur du fil tendu par ce sample trance énigmatique, pénétrant lentement votre cerveau, une brève séquence de breakbeats à partir de 2:20 mène ainsi l’auditeur à un très bref éclat de synthé cristallin, laissant admirer sa splendeur avant un retour à la séquence de base. On retrouve de mêmes échos avant la portion finale, comme pour mieux susciter ce sentiment mêlé d’admiration et d’effroi.

A distance, « Temple Sleeper » se présente donc comme un collage d’échos des premières années de la rave music. Nous ne chercherons pas à imposer une opinion à son sujet – une semaine après sa sortie, chacun s’est probablement déjà forgé la sienne ; donner une note à ces six minutes de musique semble de même difficile. Force est pourtant de constater que Burial produit ici un titre d’une incroyable densité ; un objet musical intrigant mais d’une richesse certaine, en forme d’énigme insoluble.

Tracklist :

01. Temple Sleeper

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