Bvdub – All Is Forgiven

Cet album marque comme un goût de fin et de renouveau chez Bvdub.

Bvdub - All Is Forgiven [Seeksicksound-Review]

7.9

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 11 janvier 2013 | 23:13

Avec 7 longs formats parus en 2011 et 5 en 2012, le moins que l’on puisse dire est que Brock Van Wey, a.k.a Bvdub est un artiste plutôt prolifique. Pourquoi avoir choisi dans ce cas de chroniquer All is Forgiven, sorti en novembre ? Sans doute parce qu’il marque un certain virage dans la carrière de l’artiste, tout simplement.
Sortie sur n5MD, cette dernière release, en attendant encore 2 autres albums qui paraîtront courant janvier et qui viendront rejoindre sa discographie pléthorique, est marquée par des glitchs plus syncopés et plus affirmés à la limite du dub et de l’abstract. On sentait déjà les prémices de ce changement de style sur ces précédents albums, Don’t Say You Know ou Serenity. Grand adepte des nappes ambiantes, l’américain fait désormais appel à des rythmiques plus agressives mais paradoxalement tout aussi légères. Une tendance qui s’affirme avec la venue de A Careful Ecstasy sur Darla Records, dans lequel les rythmes sont encore plus prononcés. Affaire à suivre pour un artiste de grand talent.

La longueur des titres n’a cependant subi aucune modification lors de la réalisation de cet album par rapport aux dernières sorties, puisque ce disque est composé de 3 titres de 20 à 30 minutes chacun. Ces durées anormalement longues sont pourtant habituelles chez Bvdub, chaque titre étant une épopée qui peut s’écouter indépendamment des autres. La production est ici entièrement numérique malgré l’utilisation soutenue de pianos et d’instruments à cordes.
Les voix sont aussi très présentes dans cette œuvre. Elles sont d’ailleurs principalement féminines, et bien qu’elles soient traitées en tant qu’échantillons et qu’elles n’occupent pas une place prépondérante, leurs échos éthérés rendus méconnaissables et pourtant identifiables entre mille ont un impact particulier lors de l’écoute.

Eblouissant, voilà le 1er adjectif qui vient à l’esprit à l’écoute de San Franciscain. Les nappes ambiantes lumineuses donnent le ton de la musique, c’est un véritable ballet qui se déroule dans nos conduits auditifs, là où les différentes strates apparaissent, s’accouplent puis disparaissent en un murmure. Ce phénomène, quand on y prête oreille, est loin d’être anarchique. Il est même extraordinairement bien structuré.
Les rythmiques se mettent en place progressivement sur plusieurs minutes, et donnent à la production des reliefs sur lesquels l’auditeur peut grimper et ainsi admirer.  On comprend enfin pourquoi le long format sied si bien à Broke : la boucle est ici la seule reine, et se répète inlassablement, jusqu’à l’oubli. Les secondes se transforment et la montre n’a plus d’emprise sur nous.
All is Forgiven touche au paradoxe de Zénon : en une seconde il parvient à créer une infinité d’instants, neutralisant par ce fait même le temps.
Faire passer le temps : telle n’est pas la vocation de cet album. Son but va bien au-delà. Ne serait-ce d’ailleurs pas la fonction première de la musique ? Celle de nous faire croire qu’elle a vaincu le temps pour nous, alors même que cette joute inexorable que nous menons contre la Nature et ses aiguilles qui tournent aboutit inéluctablement à la défaite ?

Cet album marque comme un goût de fin et de renouveau chez Bvdub, une telle maîtrise des rythmes et  des atmosphères est chose peu commune ; les échos célestes ont tôt fait de nous subjuguer. Ainsi donc s’achève notre périple, le splendide halo de lumière s’estompant, nous redéposant impitoyablement parmi le commun des mortels.

 

Tracklist :

1- All Is Forgiven
2- Today He Felt Life
3- Peonies Fall For Kings


 (extrait)

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