Call Super – Suzi Ecto

Optant pour la prise de risque, Call Super compose un premier album en rupture avec ses précédents EPs, nous immergeant dans ses vagues de claviers en apesanteur : une réussite.

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8.0

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 24 septembre 2014 | 10:12

Le nom de Call Super creuse, depuis un peu plus d’un an, sa place au sein de la constellation des artistes à la notoriété ascendante. Après quelques maxis éclectiques pour divers labels, le Londonien a de fait porté sa musique vers des contours plus techno avec sa signature sur le brillant label Houndstooth. S’affirmant comme l’un des piliers de la discographie de la maison, avec pas moins de quatre EPs publiés, Call Super a ainsi touché de nouvelles audiences, tout en affirmant sa propre voie : instaurant une tension autour de rythmes réguliers, ses titres s’autorisent néanmoins breakbeats imprévus sous perfusion de reverb et autres synthétiseurs suspendus du plus bel effet. Sur un label ayant depuis ses débuts encouragé ses artistes à tenter le long-format, son album était donc des plus attendus.

 

Arrive donc Suzi Ecto, et son cortège de surprises. C’est que le producteur a su, après avoir minutieusement construit ses sons, les envoyer valser pour se réinventer à nouveau. De techno, il n’est en effet plus question sur cet album, à l’exception peut-être du lumineux « Hoax Eye » aux pads aquatiques. Suzi Ecto s’inscrit davantage dans une lignée plus expérimentale, traversée par exemple par les deux premiers albums d’Autechre ou par les débuts de la dub techno, laissant aux claviers organiques les premiers rôles. Dès « Dovetail », on sent ainsi la redéfinition profonde à l’oeuvre : relégué à l’arrière-plan, le beat fournit un cadre au sein duquel s’animent arpèges mélodiques et harmoniques étincelantes. Les basses chaudes supportent l’ensemble, le plaçant en apesanteur.

La prise de risque est grande, tant il aurait été simple de porter sur la durée d’un album les envolées des précédents EPs ; pourtant, loin de toute hésitation, l’atmosphère se fait étrangement apaisée. On se love avec délicatesse dans ces arrangements ouatés parfaitement agencés, s’imbriquant dans un ensemble épuré. L’esprit des précédentes sorties de Call Super reste pourtant présent, notamment dans cette faculté à tisser une brume musicale dont les formes se meuvent lentement. Les percussions circulaires de « Raindance », puis les arpèges décomposés de « Fold Again At Last » nous mènent ainsi vers une seconde moitié plus troublée.

Luisant de mélancolie, « SE » instille ainsi une lancinance par ses brefs éclats plastiques, et surtout ses pads sombres qui prennent le relais dans les titres suivants. De nouveaux fragments mélodiques émergent des décombres sonores d’un indécis « Coney Storm Drain » qui n’aurait pas démérité sur le dernier album d’Actress. Les rythmiques s’évanouissent lentement, estompant tous les contours jusqu’au final « Acephale I », replaçant l’un des bien-connus titres de Call Super dans le cadre de l’album : dénué de sa rythmique initiale, le titre ne subsiste que par les échos de sa frêle mélodie, tremblant face au vide qui l’entoure.

 

Rompant presque complètement avec ce qui le précédait, Suzi Ecto justifie entièrement la prise de risque de son auteur. Cohérent et complet, ce premier album nous porte pendant 45 minutes dans un univers à découvrir, nous immergeant dans ses vagues de claviers ronds : une vraie réussite. Reste à savoir si Suzi Ecto s’en tiendra au rôle de parenthèse dans la discographie de Call Super, ou s’il ouvre une nouvelle phase de celle-ci.

 

 

Tracklist :

01. Snipe
02. Dovetail
03. Sulu Sekou
04. Hoax Eye
05. Raindance
06. Fold Again At Last
07. SE
08. Rosso Dew
09. Coney Storm Drain
10. Okko Ink
11. Acephale I

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