Cass. ‎– Loops & Farewell Sketches

Un bien bel objet qui nous tiendra compagnie durant ces nuits profondes où le sommeil se refuse à nous, et durant ces journées oppressantes où les imprévus nous accueillent à bras ouverts.

Cass. - Loops & Farewell Sketches - cover

8.0

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 13 mai 2013 | 19:15

Si le monde de l’ambient est devenu une vaste fourmilière où chacun vaque à ses occupations et où quelques producteurs s’essayent douloureusement dans l’expérimental (les dernières release de Type ou des Editions Mego en sont de bons exemples) quitte à faire du son et non de la musique, ce qui est admirable certes et novateur sans doute mais un brin « casse-bonbon » pour rester poli, certains producteurs rejoignent les sentiers bénis de la musique, où expérimentations et mélodies se rejoignent pour ne faire qu’un. Le premier long format officiel de Cass. va illustrer ce propos.
Agé de seulement 22 ans, Niklas Rehme-Schlüter produit depuis 2012 sous le nom de Cass. et avait déjà sorti une série d’enregistrements appelés pour l’occasion Orange Blossoms & Odd Paws. Il en viendra par la suite, lors de longues nuits, à créer son premier album intitulé Loops & Farewell Sketches sorti en février dernier en une édition de CDs limité à 100 exemplaires, sold out en moins de deux semaines, à la grande surprise de l’artiste. Une réimpression sur vinyle a été effectuée grâce à l’aide du label Shhhh, et ces exemplaires sont désormais disponibles depuis avril sur la page bandcamp de ce jeune allemand, mais aussi chez d’autres revendeurs.

Accueillant : voilà le premier mot qui nous vient à l’esprit, avec Aiiy, premier morceau de l’album fonctionnant un peu comme un drone avec cette ligne de fond quasi-immobile qui en constitue le fil rouge tandis que quelques incursions très légères à la guitare et les divers synthés s’enlacent en boucle autour de ce fil rouge pour former un entrelacs de sonorités organiques. Les divers instruments acoustiques sont souvent agrémentés des fields recordings, notamment sur Falmer Sea Piano I, où l’on se retrouve quelque part au bord de la mer. Tout est si calme, si paisible.
Dans un registre plus rythmé, Rustling And Pure fait énormément penser à un morceau du Four Tet de ces débuts avec ces percussions fragmentés, ces ambiances naïves, et un son chaud et propice à la méditation. Cet album s’avère en effet extrêmement contemplatif et évoque une multitude de paysages naturels aux détails foisonnants grâce aux différentes prises de son venant tant de l’extérieur que de la chambre même du compositeur.
Pour un musicien aussi jeune, on ne s’attendait certainement pas à un tel niveau de maturité. Une maturité qui en vient à le comparer aisément avec des artistes comme Marcus Fisher, Simon Scott, Offthesky et bien d’autres encore. La spatialisation du son est excellente, le mastering est lui aussi très propre… Bref ce disque regorge de qualités peu communes. Ethan Veerbek clôt cet album tout en douceur et apparente simplicité. Apparente seulement car l’on vient certainement de trouver ici un héritier de la scène ambiante allemande, on pense particulièrement à Swod, Marsen Jules, The Dictaphone lorsque l’on entend ce petit dialogue en allemand chuchoté et entrecoupé de petits cliquetis et de neige tant visuelle qu’auditive, le tout enveloppé avec soin dans cette mélodie se répétant à l’infini.

Il est presqu’impossible de résister à la puissance narrative de cet album. A seulement 22 ans c’est un coup de maître que vient de réaliser Cass., qui se montre par la même occasion digne de ces pairs. A l’inverse d’un pavé jeté dans la mare, Loops & Farewell Sketches conte une histoire décidément bien paisible mais pas léthargique pour un sou, idéale pour nous, auditeurs cherchant un peu de réconfort par ces temps troubles peu propices au repos.
Qu’à cela ne tienne on a là un bien bel objet qui nous tiendra compagnie durant ces nuits profondes où le sommeil se refuse à nous, et durant ces journées oppressantes où les imprévus nous accueillent à bras ouverts.

 

Tracklist :

1. Aiiy
2. Rustling And Pure
3. Sans Peau
4. Falmer Sea Piano I
5. From Bay To Meadow
6. Chatwin Cathedral
7. Moth
8. Ethan Veerbek

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    3 Comments

    1. Rolo Tomasi 14 mai 2013 at 10:26

      « Si le monde de l’ambiant est devenu une vaste fourmilière où chacun vaque à ses occupations et où quelques producteurs s’essayent douloureusement dans l’expérimental (les dernières release de Type ou des Editions Mego en sont de bons exemples) quitte à faire du son et non de la musique »
      Voilà qui pique un peu les rétines. Bref.
      Non content de peiner à t’émanciper de certaines influences dans l’écriture (on ne les citera pas ici hein), tu commets en plus l’erreur de discréditer complètement le probablement joli album ici chroniqué. L’ambient n’est pas né hier jeune homme. Tu es sans doute encore un peu vert pour apprécier certaines choses, je te l’accorde. Mais dire que les gens de Mego s’essaient à l’expérimental, et ça récemment, ça relève de la bêtise pure. Robert Hampson faisait du drone (tu sais, c’est les lignes de fond quasi-immobiles) au sein de Loop et Main à l’époque où tu te trémoussais encore au son de La Rue Ketanou.
      T’as le droit d’avoir des juvéniles avis et d’écrire des chroniques bâclées, tout mélanger c’est autre chose. Merci de flatter les yeux autant que les esgourdes à l’avenir.

      • Raphael Lenoir 14 mai 2013 at 3:49

        En quoi discréditerais-je cet album? Tu m’as sans doute mal suivi car au contraire je n’en n’ai fait que l’éloge (et en sortant de réels arguments -pour une fois que ça m’arrive) et cela tout le long de la chronique. A quel moment ai-je dit que l’ambiant est né hier? Mais passons… Sans doute je suis jeune, je te l’accorde, mais quel est le rapport? Dans 50 ans je ne pense pas avoir plus envie d’écouter des release comme le dernier Geoff Mullen ou Ablation – Main car je ne vois pas (ou plutôt n’entends pas) la musicalité de l’oeuvre. Du son, rien de plus rien de moins. Agencé sous certaines conditions mais parfois l’écoute devient même désagréable. De l’art sans doute, peut-être même des concepts derrière tout cela mais enfin, il existe des milliards de méthodes pour parvenir à faire du bon tout en restant audible (je parle de gens comme Thomas Koner, Nicolas Bernier ou Chris Watson…) Sans doute est-ce encore trop « élitiste » pour moi… Je n’ai pas voulu tout mélanger et c’est pourquoi j’ai dit « certains producteurs » . Il ne faut pas après en faire une généralité. Je préfèrerai sans doute mieux écouter Get Lucky ou Night Call et Cie… que des releases qui me passent par dessus la tête. Je ne te fais pas la morale (ce serait un comble!) mais j’exprime juste mon point de vue, qui est loin d’être anti-noise/drone (genres que je chronique même parfois à travers certains albums) ou quoi que ce soit, j’ai juste des gouts différents que les tiens. Ma chronique est peut-être baclée, mais est-ce que cela intéresse quelqu’un finalement? Ce qui compte avant tout c’est la musique et au moins tu as pu déccouvrir un super artiste et si tu le connaissais déjà alors ce seront d’autres qui le connaîtront.

        (Au fait, je ne cherche pas du tout à m’émanciper de ces influences, loin de là…).

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