Celestial Trax – Nothing Is Real

Voici le premier album de Celestial Trax, pépite de travail sonore et condensé d’influences : préparez-vous à entrer dans un univers de contemplation.

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9.1

10

Par Julien Smith
Publié le 7 novembre 2017 | 12:25

Celestial Trax fait partie de ces artistes au style indéfinissable mais reconnaissable dès les premières mesures. Naviguant entre club, trap, ambient, pour ne citer que ces genres, c’est un habitué des collaborations à succès (avec Orlando Volcano ou Rozay Labeija pour les dernières en date). Mais cette fois-ci, c’est un album solo que nous sert l’artiste, ayant voulu se recentrer sur sa propre inspiration, loin du tumulte de New York City. Nothing Is Real reflète donc l’ensemble de ses influences, et rompt avec ses précédentes sorties pour se présenter comme une oeuvre entière, profonde et expressive, au-delà des frontières de genres.

L’album se présente comme un voyage, et débute par la mélancolique « New York Is A Desert », qui semble annoncer son départ de la ville pour aller en eaux profondes. A des accords à la Satie s’ajoutent des cordes et des synthétiseurs denses et expressifs, accompagnés de soufflements et de field recordings, conférant à l’ensemble une atmosphère tranquille, nostalgique et mystérieuse. Le début de l’album s’organise alors en alternance entre tracks rythmées et morceaux plus déconstruits, comme si l’artiste hésitait encore à laisser de côté son ascendance club. Il en va ainsi de « Crushhh », titre bourré d’énergie, qui semble rebondir dans l’espace sonore tout en gardant une grande expressivité par ses percussions, ou de « Godless », beaucoup plus martiale, au rythme incassable et taillée pour le dancefloor, mais bizarre par ses samples vocaux distordus, ses effets métalliques, ou encore son « Om » tenu tout du long.

A partir de « Into the Night », le départ s’amorce, la caravane s’ébranle, New York est loin derrière. Cette marche funèbre nous fait entendre un puits de tristesse enveloppé de mystère, entretenu par le rythme lent (vers 90 bpm) et les basses profondes, et ponctué par des bruissements d’étoiles dans les aigus et un ululement macabre dans les mediums, tandis que les lasers ajoutent du mordant à l’ensemble. Un moment fort de l’album, au goût métallique et introspectif. La suite continue dans cette veine, et abandonne les rythmes élaborés de la club music pour des synthétiseurs travaillés et organiques d’influence krautrock. « Pleasure Through Pain » transporte l’auditeur dans le temps et semble lui chanter une mélodie immémoriale pétrie de mystère, tandis qu’un rythme discret dépouvu de basses vient appuyer le voyage mental. « Not In Control » fait à nouveau appel à des influences classiques par ses accords schubertiens, sur lesquels un sample de voix faussement rassurant est rejoint par de vastes nappes de synthétiseurs. Après ce bijou de contemplation, on a la surprise de voir une pointe de gqom dans « 100 Proof », où le rythme est de retour, mais la pulsation reste élusive, tandis que des samples emplis d’effets parcourent le morceau, accompagnés d’accords aux cordes.

Pour conclure cette oeuvre monumentale, Celestial Trax appelle à ses côtés le vieil instrument-roi : la guitare. Dans « Black Serpent », c’est une guitare basse très oldschool qui plante les accords développés à la voix et au synthé retro avant que le piano ne vienne faire sa loi. A l’inverse, dans « Youth », la guitare aide à relancer la fin de piste à coups d’accords tandis que les percussions s’agitent. « Manifestation of Delusion » et « The Way We Died » arrivent alors pour conclure l’album, et sont aussi les deux morceaux les plus longs (5:22 et 7:38 respectivement). La guitare est présente dès le début dans les deux tracks, et constitue un élément central de leur développement. Pour « Manifestation of Delusion », elle commence par ne jouer qu’une octave pour apporter à l’ambiance psychédélique, aux côtés d’une basse en descente chromatique et de synthés étendus, puis l’ensemble se dissout dans des nappes de son aux limites de la saturation, avant qu’un rythme mené par une guitare et une mélodie jouée par une autre n’émergent et ne viennent mener le morceau jusqu’à sa conclusion. Après ce voyage en eaux psychédéliques, « The Way We Died » offre une fin parcourue par les élucubrations d’une guitare méconnaissable tant elle est amplifiée et distordue, alors qu’un riff dans les mid-lows et un beat sobre servent de point d’ancrage. Lorsque celui-ci cesse de battre, l’auditeur se retrouve à nouveau perdu dans un océan sonore, parsemé de réverbérations acoustiques, d’alarmes répercutées à l’infini, jusqu’à ce que le morceau et l’album viennent se conclure sur des arpèges de guitare.

Celestial Trax nous offre ainsi une oeuvre venue du cœur, où les genres perdent leur sens et les influences se rejoignent : krautrock, ambient, club, gqom, et même musique classique, tout se fond en une masse sonore primordiale dans laquelle l’auditeur est happé, mâché, noyé. Qui sait ce que cet artiste plein de surprises nous réserve pour la suite ?

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