Clarity – Infinite

Avec Infinite pour Samurai Music, Clarity signe ce qui pourrait bien être la genèse du renouveau pour la drum & bass.

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8.8

10

Par Martin Drazel
Publié le 18 décembre 2014 | 12:18

Clarity, jeune producteur déjà signé chez Exit, Horizons Music ou encore Modulations, s’est démarqué de ses compères par une approche de la drum & bass particulièrement sombre et minimaliste. C’est finalement chez Samurai Music qu’il affirmera cette vision unique, Presha lui laissant la liberté d’exprimer son talent avec un premier maxi sur Horo et un EP plus récent sur Samurai Music, précurseur d’Infinite, premier album d’Owen Brown.

Le ton est donné d’emblée avec ce « A Thousand and One », où la seule caisse-claire (si l’on peut encore l’appeler ainsi) s’apparente à un choc de marteau très étriqué. Le juste dosage des éléments rythmiques et surtout leur mixage manié avec un souci du détail sidérant permet à cette introduction d’ouvrir tout un espace d’expérimentation. Quelque chose de plus mental vient directement titiller les neurones avec ce « Reflex » à la basse sautillante. Pourtant ne vous attendez pas à un roller ! Toute la subtilité du travail de Clarity réside dans la création de groove avec des rythmes saccadés, où chaque sample est trituré à son extrême pour en distiller son essence. L’habillage sombre, mélange d’aspirations inversées aux ondulations progressives, donne un regain d’impédance à ces recettes minimalistes. La présence de Skeptical sur « Segment » semble suivre une démarche logique : tous les deux étant de réels scientifiques sonores, leur association tient de l’évidence. Et quelle association ! Voilà l’un des morceaux les plus entraînants que la drum & bass moderne ait pu pondre : une boucle tribale répond à des arrêts impromptus sur lesquels des onomatopées d’arts martiaux exhortent toute la puissance de cette musique démoniaque.

« Cryptid » ralentit le mouvement, axant la production sur un duo basse/rythmes très net, permettant aux ambiances de s’exprimer. Il est étonnant de constater que Clarity possède autant la science du rythme que la connaissance des atmosphères, produisant une sensation globale d’homogénéité. « Kaitain » nous prouve qu’il est tout autant à l’aise avec une structure marquant tous les temps, où des synthés d’outre-espace sont les détenteurs de l’intriguant secret de ce morceau atypique.

On renoue ensuite avec le half-step sur « Talk Back », étouffant jeu de reflets entre kick monstrueux et caisse-claires métalliques pitchées. Des spirales synthétiques répondent à la basse, chute libre dans un tourbillon infini. La même recette est appliquée à « Inclination », qui y ajoute un charley au pitch variable, devenant ainsi l’élément mélodique du morceau. Nous sommes enfin autorisés à respirer quelque peu avec un « False Impression » aux nappes oniriques et lointaines.
La déferlante qui s’en suit ne laissera plus aucun répit à l’auditeur. « Surge » est imposant, subtilement surchargé et inarrêtable. La caisse-claire a littéralement disparu, et elle ne fait pas défaut tant le morceau possède une véritable force d’évocation, ainsi qu’une capacité de destruction du dance-floor indéniable. Clarity rehausse encore cette intensité maladive avec une « Malformation » habillement nommée, le morceau étant effectivement déformé. S’articulant autour d’une base techno, mais moulinée à 160bpm et agrémentée d’une nouvelle boucle tribale, ce croisement des genres devient vite entêtant. Le duo avec Indigo, « Cylone », voit les univers des deux producteurs se confronter. Les sonorités électromagnétiques qu’affectionne tant Indigo jonglent sur un cadavre exquis d’half-step cyclique et de samples jungle modifiés. Une sorte de grattement composé au synthé vient s’imposer par-dessus cette rencontre incongrue, déclenchant un regain assez brutal. « Follow the Signs » se joue des conventions, juxtaposant shaker nerveux sur une structure syncopée, nouvelle forme inconnue au sein d’une drum & bass définitivement hors-normes. Nous finirons par nous évader grâce aux expérimentations des ces deux théoriciens du rythme que sont ENA et bien entendu Clarity. « Subterrane » sombre dans l’antre d’un robot trop âgé pour survivre, tentant malgré tout de communiquer avec les derniers représentants de la race humaine. Malgré sa structure très lisible, la basse et les différents bruits bruts qui construisent ce morceau nébuleux semblent nous parvenir de très loin, comme happés dans un trou noir qui serait l’issue de secours risquée d’un voyage périlleux.

Clarity signe un album qui s’écoute en boucle, dont le choix du titre Infinite est totalement justifié. Chaque morceau de l’album, tout comme son écoute entière projette l’auditeur dans une course d’endurance psychologique. Une telle connaissance du cycle démontre un talent unique pour créer de petits univers, ce que seul Clarity a poussé à un tel niveau d’envoûtante simplification.Cet album est la genèse du renouveau pour la drum & bass, bien mal avisé qui l’occulterait !

Tracklist :

01. A Thousand And One
02. Reflex
03. Segment
04. Cryptid
05. Kaintain
06. Talk Back
07. Inclination
08. False Impression
09. Surge
10. Malformation
11. Cyclone
12. Follow The Signs
13. Subterrane

 

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