Clay Wilson – The Bunker New York 002

Clay Wilson signe ici trois titres de techno expérimentale parfaitement maîtrisée

Seeksicksound - Clay Wilson The Bunker New York 002

8.6

10

Par Alexandre Aelov
Publié le 21 avril 2014 | 16:31

The Bunker, ce sont avant tout des soirées au coeur de New York. Mais pas n’importe quelles soirées. Défricheur, avant-gardiste, l’ensemble se veut pointu et sans aucune concession. Il n’y a qu’à visiter leur site riche en podcast de grande qualité et la programmation proposée pour se faire une idée. Demdike Stare, les membres d’Interdimensional Transmissions, Atom™, Tobias, ou même Voices From The Lake qui signeront la 3ème sortie du label, un résident qui n’est autre qu’Eric Cloutier: voilà qui doit vous éclairer un peu plus sur les perspectives du Bunker.
Avec cette seconde sortie, c’est un producteur atypique que celui-ci met en lumière. Clay Wilson vient du jazz, s’inspire de Coleman, Coltrane, du Art Ensemble of Chicago. Hormis un étonnant EP, Bangers and Ash, signé sur Styles Upon Styles, sorte de collection d’expérimentations industrialisantes et abstraites, sa discographie est toute récente. Ces trois titres présentent un passage plus net vers le travail de la boucle et une approche techno assumée. Trois exemples brillants de techno expérimentale.

D’aplomb, E4 se pose bien loin des sentiers battus avec une fondation rythmique tribale, profonde, baignée de nappes. Très peu d’évolutions, de relances, en presque 9 minutes. C’est ce qu’on retiendra directement de ces 3 morceaux: un travail sur le continuum, une linéarité absolue, sans jamais être pour autant minimaliste. Sur ce fil tendu, le travail des textures est total, on entre dans une sphère d’écoute purement contemplative, baignée d’artefacts, tellement éthérée qu’il est difficile d’en extraire des émotions. Si on pense très vite à des délices dont Dadub a l’habitude, ce genre de dub exotique en noir et blanc, à la manière du Take it Down (In Dub) de LB Dub Corp, il y a ici une ataraxie profonde, une pénombre sublime qui transfigure l’ensemble.
On sort à peine de cette ouverture avec un goût de fumée qu’immédiatement on se retrouve happé dans un ronronnement plus dur, empilement de basses et de kicks aquatiques à la manière d’Obtane, mais qui ne se développera jamais, coulant en une dub-techno légèrement dissonante. On suit au fil de ce Socorro, incrédules, cette débauche d’artefacts analogiques qui déjà hantaient E4 comme autant d’insectes furieux.
Oizumi pousse un cran plus loin encore, et change la donne rythmique, plus classique, mais pas la construction et la logique globales. Fait de détours à la manière d’Orphx, les explorations bruitistes sont plus condensées, plus denses. Ce qui est résolument remarquable à ce point là de l’écoute, c’est cette façon qu’a Clay Wilson de poser des bases techno extrêmement potentielles, mais de ne jamais les développer dans un système de relances rythmiques, pour au contraire jouer sur les teintes du background.

Inattendu, fascinant, cet EP est en tous point une réussite, apportant un regard décalé et très subtil sur les expérimentations possibles en matière de techno. Avec la logique d’un Imugem Orihasam ou Mind over Midi, mais avec une puissance contemplative à la Rainforest Spiritual Enslavement, tout en clair obscur forestier, un moment inquiet, l’autre apaisé, Clay Wilson signe un travail inspiré, équilibré, juste. Loin de se perdre en digressions sonores, il donne à l’abstraction un vrai pouvoir de suggestion, le tout sur une corde techno toujours tendue. Un artiste à suivre de près, de très près.

Tracklist :

A1. E4
B1. Oizumi
B2. Socorro

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