Commodo – How What Time

Gare au loup blanc ! Sa traque dépasse l’entendement.

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9.3

10

Par Martin Drazel
Publié le 21 avril 2016 | 16:44

Parmi les prédateurs aux crocs acérés évolue un loup blanc inclassable : Commodo. Ses premières sorties sur Deep Medi ou Black Box, ainsi que ses collaborations avec Lurka ont placé l’animal bien au-dessus de la meute. Sans jamais livrer d’album, l’anglais aura su marquer le dubstep de sa patte inimitable. Après de nombreuses victimes avec Volume 1, il s’émancipe du trio de tête pour nous fixer à nos chaises avec How What Time, sur un label totalement avant-gardiste : Black Acre.

Le ton est de suite donné avec « Hej ». L’art du sampling n’a plus aucun secret pour Dom Tarasek, ce dernier se permettant même de rappeler que sa tactique de battue n’a pas d’équivalent. Le rythme est fort, imposant, sans détours. Les évolutions intenses, métriques et impulsives. On reste cois face à un tel talent. L’auditeur se doit d’y retourner à plusieurs reprises  avant d’ingurgiter toute la subtilité du travail de Commodo.
Que l’on parle de dubstep ou de bass music expérimentale, l’artiste est partout, omnipotent. Dans ses formes habituelles, il excelle, à l’image de « How Dare You », ce « Hadi Hadi Ah » qui sent bon le safran ou encore les immenses tubes que sont « My Liege », « Sleepwave » et « Pea Souper ». Mais là où l’anglais surclasse ses acolytes, c’est dans cette capacité unique d’intervenir à chaque fin de mesure, créant systématiquement la surprise. Cette science de la petite variante permet à la musique de Commodo de toucher autre chose qu’une simple structure rythmique/basse. On ne compte plus les sonorités curieuses qui jalonnent l’album, tant elles sont variées, surprenantes et impeccablement agencées.
Mais l’univers de Tarasek n’est pas qu’efficacité incomparable. Les morceaux plus étranges sont tout aussi passionnants que ceux dansants. Alors s’ouvre un champ d’action insoupçonné. Il suffit de tendre l’oreille pour entendre les branches craquer, car la bête n’est pas loin, même blessée. Dans son antre intimiste, Commodo lâche prise avec d’énigmatiques inspirations aux rythmes biscornus. Ces structures novatrices empruntent à la bass music anglaise son audace, tout en gardant la touche de l’artiste. Les meilleurs exemples de cette appropriation seraient « HWT », l’anormal « Kofte Cloud », le citadin « Floods » et bien entendu ce glacial « Russian Glass ».

Parfois le pisteur reclus voit ses rivaux l’encercler et le menacer. Il se doit donc de prouver sa force et son indépendance par une série de manœuvres d’intimidation. Il est même possible que d’autres loups se joignent à son effort. Ici ces compagnons d’arme se nomment Trim et Rocks Foe. « Set It Straight », l’éponyme tube grime qui défenestre déjà une bonne partie de la scène anglaise grâce au flow imbattable de Rocks Foe, impose le talent de Commodo pour ceux qui auraient encore quelques doutes. S’y ajoute l’excellent « Itchin », avec un Trim trop discret que l’on retrouve avec grand plaisir. Ces deux morceaux flirtant avec le grime sonnent pourtant bien plus hip-hop, forme qu’affectionne tant Tarasek. Deux nouvelles preuves que son univers n’apprécie pas trop d’être cantonné à un unique terrain de chasse. Le loup blanc furette où il l’entend, bien malheureux celui qui oserait se mettre sur son chemin.
N’oublions pas ce phénoménal bonus qu’est « Solid Gold Telephone », exclusif au sampler de l’album. Ce retour aux sources vers un dubstep ciselé et vindicatif est d’une jouissance quasi orgasmique pour l’auditeur, tant le jeu harmonique repousse les limites du genre, grâce au jonglage invraisemblable entre synthés jazzy et lourdeur d’une basse souterraine.

Tous les yeux dorés des pillards de la forêt étaient tournés vers notre loup, dans l’attente de sa prochaine traque. Tous peuvent s’en retourner à leurs tanières. Dom Tarasek a enfanté un rejeton hybride dont les conséquences sur la musique sont loin d’être digérées. Il faudra encore quelques années pour accepter que ce How What Time est une pierre angulaire du dubstep et de la bass music, au même titre qu’un Return II Space des Digital Mystikz ou bien la série des Skreamizm.
Nous vous conseillons vivement de suivre les empreintes de ce rusé lupus avant qu’elles ne soient recouvertes par ses prochains braconnages, au risque de finir parmi les proies…


Tracklist

Hej
Pea Souper
Itchin – ft Trim
Hadi Hadi Ah
My Liege
Russian Glass
Floods
How Dare You
Sleepwave
HWT
Set It Straight – ft Rocks Foe
Kofte Cloud

 

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