Commodo – Loan Shark

Avec Loan Shark, Commodo prouve qu’il est toujours à la pointe de l’innovation sur la scène 140

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9.0

10

Par Emilien Dilly
Publié le 13 juin 2020 | 19:04

Après deux ans sans sortir de disque, Commodo retourne la scène bass avec son EP Loan Shark sur le label éclectique Black Acre. Après trois sorties chez eux – avec notamment l’excellent LP How What Time -, Commodo place la barre toujours plus haut en terme d’innovation musicale sans pour autant tomber dans l’incohérence ou l’étrange. C’est bien là la plus grande qualité des morceaux du disque : d’aller puiser avec intelligence et mesure dans toutes les ressources possibles d’originalité, que ce soit par l’arrangement des morceaux, des timbres, du rythme ou même des mélodies.

Ce qui marque l’esprit à la première écoute dans la piste « Loan Shark », c’est son arrangement. On entend un premier drop qui est assez classique pour le dubstep du moment, avec une ambiance pesante et dissonante. Passée la première minute du morceau, un pont prépare un second drop beaucoup plus épuré avec une ambiance totalement différente. La lenteur de la première partie laisse place à une ardeur rythmique martelée. Le changement d’ambiance est soudain, que ce soit au niveau des sons, des rythmes ou de la sonie, mais le tout reste cohérent, une symbiose s’opère entre les deux ambiances, renforçant le sentiment provoqué par chacune.

Le deuxième morceau « Contraband » est plus classique et dans la veine des productions de Commodo sur le label. Les mélodies sont bien trouvées et le sound design ingénieux. Le synthé soufflé avec une stéréo marquée introduit un morceau planant. Des cloches suaves, mais tout de même désaccordées, préparent un drop qui instaure un sentiment de plénitude auditive. Les sons sont à la fois organiques et électroniques, sans jamais tomber dans l’étrange ou le collage. Par exemple : la basse très saturée s’accorde parfaitement avec le clap organique. Une richesse sonore s’installe même s’il n’y a pas beaucoup de sons différents. Le synthé soufflé quasi omniprésent est entre la flûte organique et un clavecin dont on a modifié l’ADSR, il représente bien l’équilibre de diversité et d’originalité qui existe dans le morceau.

 « Hot Pursuit » se rapproche un peu plus du premier morceau de l’EP. Une ambiance pesante s’installe avec des accords dissonants. C’est maintenant au tour des percussions d’être le jouet de Commodo dans l’exploration sonore. Il crée des ruptures par des changements marqués de timbres ou de reverb, avec les snares ou les hats par exemple. On peut entendre des changements de volume brutaux, des stéréos très poussées, des sons très compressés. Le morceau est un condensé d’audace qui paye. Enfin, même si ce titre peut paraître assez simpliste mélodiquement avec ses deux accords d’introduction, c’est unes de ces rares créations de musique électronique possédant un sentiment de changements de mode. La complexification mélodique en musique électronique est chose risquée car elle cause presque toujours un sentiment d’étrangeté, mais ici, c’est extrêmement bien amené.

Commodo emmène toujours le dubstep plus loin à chacun de ses morceaux, il le montre une fois de plus avec cet EP. Les sorties de Commodo se sont faites rares ces dernières années, il faut en profiter.

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