Dale Cooper Quartet & The Dictaphones – Quatorze Pièces de Menace

Moins chargé, plus subtil, cet album se démarque nettement dans sa méthode et sa violence en clair-obscur.

Seeksicksound DaleCooperQuartetAndTheDictaphones_QuatorzePiecesDeMenace

7.9

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 4 novembre 2013 | 18:11

Twin Peaks est une série fascinante, parfois un poil niaise il est vrai, mais jamais aseptisée comme beaucoup le sont aujourd’hui. En effet, le pari mené par David Lynch demeurait plutôt ambitieux bien que certains compromis dussent être trouvés afin de commercialiser ces deux saisons.
La bande originale signée Angelo Badalamenti aura inspiré plus d’un artiste, le « main theme » se retrouvant même dans quelques de nos podcasts. L’hommage le plus éloquent reste cependant celui du groupe français monté principalement par Christophe Mevel (moitié de Pan & Me), Gael Loison et Yannick Martin intitulé Dale Cooper Quartet & The Dictaphones.
Après Parole de Navarre et Métamanoir paru sur un label que l’on ne présente plus, Denovali, ce sont Quatorze Pièces de Menaces qu’offre cette formation qui se pare de très beaux atouts en invitant les chanteuses Alicia Merz (Birds Of Passage) ou Gaëlle Kerrien. Plus que le nom, c’est l’univers entier de ce groupe qui est intimement lié à cette œuvre de l’ubiquiste Lynch, impossible d’expliquer cet album sans passer par celle-ci.

 

Qui a bien pu violer et tuer Laura Palmer ? Le père, le trafiquant Leo Johnson prompt à la colère ou encore le crapuleux Ben Horne ? Pour résoudre ce halo de mystères autour de Twin Peaks les forces de l’ordre sur place ne sont pas de taille. Le Federal Bureau Investigation va donc s’en mêler. L’un de leurs meilleurs éléments va se rendre sur les lieux du crime, c’est le « Special Agent » : Dale Cooper. Dale Cooper, c’est le groupe mais c’est aussi nous. Nous incarnerons en effet durant tout l’album cet agent au goût prononcé pour les cafés noirs et les donuts (il est beau le cliché, il est beau !) et à la volonté d’acier.
Nous avons donc onze pièces visibles à étudier, trois passages secrets à emprunter menant à des pièces dissimulées pour mettre fin à cette présence diabolique qui depuis longtemps rôde dans cette région damnée. Quatorze Pièces De Menace au total pour confronter les alibis et les évidences afin de trouver le monstre derrière ce jeu sordide se déroulant dans cette petite ville coupée du monde réel.

 

Depuis toujours le quartet produit des ambiances insondables, perdues dans les méandres de la nuit. Mais sur ce dernier album, l’abandon de soi atteint un certain paroxysme. Allié au sentiment de  confinement causé par le spectre de la mort, cette déréliction s’enfonce profondément dans les contrées du rêve. Le cool-jazz de « Nourrain Quartet » avec cette frêle trompette assujettie par la basse laconique et la percussion lourde et aux contrecoups cristallins instillent cette aura d’élégance suave, caractéristique des musiques de cabarets et de bars passée une certaine heure de la nuit.
A l’instar de la série et de leur musique, les titres des morceaux sont compréhensibles mais inusités. Il faut aller chercher dans son esprit, faire virevolter les sons pour leur trouver une signification. Ainsi « Brosme en Dos-vert », morceau incontournable de l’album par sa longueur, a son histoire à lui, son développement qui lui est propre, mais qui s’incorpore à merveille dans la trame de fond, comme la branche d’un « Douglas fir » qui lentement s’émancipe de son tronc principal tout en l’alimentant. On retrouve dans ces mansardes le darkjazz que l’on chérit tant, avec ses bourrasques d’un noir profond enveloppées délicatement d’un riff à la guitare extrêmement lent tandis que saxophones, trompettes et clarinettes se succèdent et se répondent durant cette lente agonie cérébrale.

Ces Quatorze Pièces de Menaces semblent par conséquent être faites d’improvisations qui déambulent sous l’éclat des étoiles, seules guides dans cette obscurité glaciale. Notre investigation se poursuit, on parvient même à entendre les bribes d’un enregistrement d’une Laura dépravée, engloutis dans ce marasme asphyxiant sur « La Ventrée Rat de Cave ».
Mais dans ces pièces où le double jeu est maître, la vérité part en fumée, torréfiée par les esprits instables qui hantent les lieux. Les voix physiques bien que douces et apaisantes troublent par leur réverbération éthérée, le post-rock de Lampyre Bonne Chère clôturant l’album désarçonne par la luminescence de la voix d’Alicia Merz, esseulée dans cet océan de malfaisance inquiétante.

 

Moins instrumentalisé que ses prédécesseurs, ce dernier long format se montre néanmoins plus subtil quant aux arrangements sonores constitués de rafales menaçantes et pas si bénignes que cela. Le souffle des instruments à vent nous accompagne durant cette enquête gorgée de faux semblants.
Dale Cooper Quartet & The Dictaphones frappe une nouvelle fois fort avec ces onze scenettes de théâtre, car même si l’épée de Damoclès se contente de planer au-dessus de nous, les pérégrinations de la formation demeurent captivantes. Quatorze antichambres du paranormal s’ouvrent pour le moment à nous, profitons-en, mais restons sur nos gardes car vient le moment où le rêve ne se distingue plus de la réalité.

 

Tracklist:

1. Brosme en Dos-vert
2. Nourrain Quinquet
3. Calbombe camoufle Fretin
4. Oribus Sustente Lingue
5. L’escolier Serpent Éolipile
6. La Ventrée Rat De Cave
7. Il Bamboche Empereurs
8. Celadon Bafre
9. Ignescence Black-bass Recule
10. Mange Tanche
11. Lampyre Bonne Chère

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