Damian Valles – Exposure

Monolithique et étouffant au premier abord, le disque recèle, sous une épaisse couche de cendre, des paysages sonores d’une grande richesse.

exposure

8.0

10

Par Guy-Jean Miard
Publié le 29 avril 2014 | 18:49

Damian Valles est un musicien canadien qui, après avoir officié dans divers groupes à guitare, se consacre depuis quelques années à une oeuvre électronique et électroacoustique qu’il signe de son nom. Plutôt prolifique, il enchaîne depuis 2009 les sorties à tirage limité et les apparitions sur des compilations. Toujours de très bonne tenue, sa production a considérablement évolué en l’espace de quelques années, passant d’une ambient mélodique, lumineuse, aux accents champêtres et aux fortes réminiscences post-rock, à des paysages sonores froids, désolés et particulièrement bruyants.

L’album qui nous intéresse aujourd’hui se nomme Exposure. Il est présenté comme une suite à Badlands, précédent opus très recommandable sorti il y a tout juste un an sur le défunt label anglais Somehow Recordings. Badlands comportait déjà une dose certaine de vrombissements oppressants, de souffles glacés, et se référait expressément aux mornes plaines des romans Southern Gothic. Exposure va encore plus loin dans les ténèbres et, pour reprendre les mots de Damian Valles en personne, si Badlands était le voyage, alors Exposure est la destination.

 

Dès les premières secondes, le ton est donné. Un sinistre drone synthétique et saturé nous accueille, très vite agrémenté de textures sonores d’origines diverses, dans la pure tradition électroacoustique. L’ambiance est pour le moins désolée, grisâtre, on imagine un paysage recouvert de cendres, un hiver nucléaire, le roman La Route de Cormac McCarthy, ou la fin de The Mist. Dans la brume, il se passe beaucoup de choses, mais il est conseillé de se munir d’un casque de bonne qualité pour en profiter.
On discerne ponctuellement des voix, pas vraiment humaines d’ailleurs. Des cloches également, sur le morceau Vacuums, retentissant de manière chaotique, comme si un troupeau de chèvres mutantes errait en titubant avant de s’écrouler, terrassées par les radiations. A d’autres endroits, on croit reconnaitre des engins motorisés ou autres machines certainement pas fabriquées de la main de l’homme, et probablement destinées à traquer et à massacrer les dernier survivants. Mais à aucun moment, dans ces tableaux d’une inquiétante étrangeté, ne vient poindre la plus petite amorce de mélodie.

Le recours quasi systématique à une basse bourdonnante contribue grandement au sentiment d’oppression qui se dégage du disque. Cette musique ne respire pas, et si elle suggère une immensité désolée, c’est toujours avec un ciel très bas de nuages de cendre et de grandes masses d’air stagnant. Mais la basse n’est pas seule en cause. En réalité tous les choix de production et la structure même des morceaux contribuent à cette sensation d’étouffement. Le spectre sonore est assez restreint, les graves ne sont pas très graves, les aigus pas très aigus. Absence totale de couleur, il s’agit d’une musique en noir et blanc capturée sur un film périmé. Et puis le son évolue très lentement, sans qu’à aucun moment une véritable narration ne se mette en place.
C’est pour cette raison que Exposure est un disque particulièrement difficile : il semble extrêmement monolithique au premier abord, et dépourvu de porte d’entrée. C’est écoute après écoute que sa richesse se révèle, peu à peu. Il faut du temps pour s’habituer à l’obscurité, mais l’auditeur obstiné finit par être récompensé : c’est un monde qui s’offre alors à nous, certes sombre, pas vraiment accueillant, mais présentant le même genre d’intérêt que les oeuvres littéraires citées plus haut.

 

C’est le label français VoxxoV qui s’est chargé de la sortie de cet hymne à joie. Un jeune label très prometteur puisque ses trois premières sorties (sans compter deux compilations) sont de très bonne facture et possèdent une forte personnalité. A suivre donc. Quant à M. Valles, il a déjà publié deux autres enregistrements depuis la sortie d’Exposure en janvier, et notamment une cassette sur le chouette label toulousain BLWBCK.

 

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