Dasein – Pays Sans Visage Remixes

Tripalium ouvre avec ce quatre-titres de remixes une fenêtre sur l’atmosphère étouffante du projet Pays Sans Visage de Dasein : une vraie réussite.

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8.5

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 24 août 2016 | 8:16

Né en 2014 de la rencontre des Konpyuta VJs et de l’artiste Yan Kaylen, Dasein s’affirme depuis deux ans comme un passionnant hybride entre les textures granulaires du producteur échappé de chez Exploration et de visuels immersifs en adéquation. Par sa nature même, le projet s’exprime donc davantage dans des performances audiovisuelles mêlant ces différents éléments. Pays Sans Visage, performance audiovisuelle plongeant son spectateur dans un monde faisant face à une catastrophe nucléaire, avait cependant fait l’objet d’une publication discographique, dont ce nouveau quatre-titres constitue un prolongement : sans renier les fondements de Dasein, ce nouvel EP fait appel à des producteurs proches du groupe afin d’exploiter la matière sonore de Pays Sans Visage.

Nécessairement publié chez Tripalium, pourvoyeur essentiel de projets expérimentaux situés aux confins des musiques électroniques – et plus précisément sur sa subdivision Digital Mutant Series -, ce Pays Sans Visage Remixes ouvre ainsi une fenêtre sur le projet, fixant sa matière sonore sans la dénaturer. Si la démarche semble assurée, la tâche n’est donc pas aisée, rendant plus remarquable encore l’écoute d’un maxi réussi d’un bout à l’autre.

La matière initiale commune à chacune de ces relectures confère au disque une identité sonore établissant sa cohérence, chaque titre apparaissant dès lors comme une nouvelle variation sur un thème commun. Avec sa « War Interpretation », Deikean ouvre l’EP par la version la plus martiale de cet univers. Les nappes sombres et samples vocaux, ici brouillés par un nuage flou, flottent autour d’une rythmique techno appuyée, portée par un kick sourd. L’impression de menace se fait rapidement sentir, à mesure que cet inquiétant ensemble suscite chez l’auditeur une sensation d’étourdissement. Celle-ci se prolonge sur une seconde relecture, proposée par Cyberlife : la rythmique implacable de Deikean laisse place à des percussions plus fractionnées, proches de la dub techno, laissant éclater une basse puissante et des fragments sonores nous parvenant sous forme d’écho lointain. Si la nappe synthétique qui traverse le titre semble nous laisser entrevoir la lumière, c’est bien cette ligne de basse sombre et omniprésente qui domine ici, viciant l’atmosphère déjà trouble de l’EP.

Membre à part entière de Dasein, c’est ensuite Yan Kaylen lui-même qui livre sa vision du projet. Dans la lignée de son récent EP pour Exploration, le Parisien livre une sublime et impressionnante immersion dans les profondeurs. Quelques secondes à peine suffisent au producteur pour organiser cette plongée, autour d’une intense basse qui semble résonner depuis le titre précédent, et de pads mélancoliques, à la réverbération aquatique, qui transcrivent parfaitement un paysage désolé et post-apocalyptique. Etouffant, ce « Kontinuum Remix » impressionne aussi par sa capacité à évoquer des images dans l’esprit de l’auditeur : les lointains synthés qui se font jour dans la seconde moitié du titre apparaissent ainsi comme les traces d’un panorama urbain en phase de délabrement, en parfaite adéquation donc avec le projet Pays Sans Visage.

Cette incursion sonore se poursuit et s’achève sur un remix de Nulpar, lui aussi venu du camp d’Exploration Music. Comme à son habitude, celui-ci fait appel à des rythmes déstructurés, dans la droite lignée des franges les plus expérimentales de la scène d&b. Pesant, un kick se répercute sans contrôle, laissant le reste de l’espace sonore à l’état de grésillement incessant. Les voix semblent se dissoudre dans ce brouillard désarmant, tirant toujours l’auditeur dans des directions insoupçonnées.

Nulpar nous porte ainsi lentement vers le silence, refermant progressivement l’univers de Pays Sans Visage sur lui-même. Dans l’ensemble, cet EP de remixes apparaît donc comme un succès : en l’espace de quatre morceaux, les quatre artistes du projet parviennent à tisser une atmosphère unique et à y faire entrer l’auditeur, qui semble déambuler dans les décombres de ce pays sans visage. Au-delà du talent de ses artistes, on ne peut que souligner une fois de plus la capacité de Tripalium à mettre en avant des projets à part et systématiquement exaltants. Une belle réussite.

Tracklist :

01. Pays Sans Visage (Deikean’s War Interpretation)
02. Pays Sans Visage (Cyberlife Resample)
03. Pays Sans Visage (Yan Kaylen Kontinuum Remix)
04. Pays Sans Visage (Nulpar CS 137 Remix)

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