Deadboy – Return

Deadboy dissipe une part du mystère entourant sa musique sans rien perdre de sa classe.

2

8.0

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 8 mai 2014 | 14:20

Le mythe du producteur mystérieux est certainement l’un des plus répandus au sein de la culture électronique. Sans revenir sur ses origines dans les sources de cette culture, ou sur les ficelles sur lesquelles il s’appuie régulièrement – white labels anonymes, artistes masqués, … –, notons que le cas de Deadboy est dans cette histoire plus atypique. Le mystère y est en effet plus insidieux : le producteur anglais n’a jamais cherché à se dissimuler ou à multiplier les alias. Sa musique n’est pas non plus particulièrement ésotérique. Cependant, à l’image de Deadboy lui-même, celle-ci paraît évoluer dans son propre univers, répondant à ses propres règles. Après quelques singles essentiels il y a plusieurs années – « If U Want Me », « U Cheated » et autres « Unofficial Girl » –, la présence de l’artiste sur les radars s’est évaporée. A l’exception de quelques rares interviews évoquant la possibilité d’un album à venir, le nom de Deadboy disparaît.

Ceci, jusqu’à l’anniversaire du label Numbers, l’an dernier, occasion choisie par l’Anglais pour marquer son retour discographique. Retour sans grande pompe : quatre titres montrant que Deadboy n’a pas chômé, faisant évoluer son son vers des tons plus organiques, tout en s’ouvrant à d’autres genres, tels que la jungle. Le voile recouvrant ses travaux reste alors intact. C’est précisément ce qui fait de ce Return un nouvel événement. D’autant que la vidéo présentant le titre éponyme, dévoilée quelques temps avant la sortie, était des plus intrigantes, voyant l’artiste s’essayer pour la première fois à l’ambient le plus hypnagogique, en volutes de fumée superposées.

« Return » fait finalement figure d’exception dans ce quatre titres, le reste faisant la part belle aux beats dans leur plus nette expression. Pourtant, il constitue une entrée en matière parfaite, comme si en effaçant pour une fois la rythmique, Deadboy dissipait une partie du halo l’entourant. C’est bien cette impression qui prédomine par la suite : jamais l’Anglais n’avait livré de titres aussi directs. Si ses premiers EPs étaient marqués par une séchresse donnant au son un aspect brut, c’est ainsi paradoxalement en raffinant ses sonorités que Deadboy se livre ici.

« YHVH » ne laisse ainsi que peu de répit, avant de secouer l’auditeur de ses leads au groove imparable , aux teintes néon, prenant le pas sur des syncopes aux réminiscences UK Garage. Vocaux pitchés et claviers old-school complètent l’image d’un titre au sein duquel transparaît systématiquement l’âme de Deadboy, et s’affirmant comme l’un de ses titres les plus réussis.
Plus directe encore, « Des Niles » voit l’artiste se sublimer en donnant dans la house la plus classique : une bassline ronde organise les débats, peuplés de vocaux découpés et de synthés brillants. Assez étrangement, c’est parce que Deadboy s’adresse pour la première fois aussi directement aux jambes que grandit cette impression de percer une partie de son énigme.

Légèrement plus abscons, « Life Code » clôt ce quatre titres en redonnant au beat sa place centrale, tout en s’accompagnant une nouvelle fois de claviers reluisants. Si la forme est différente, le titre est tout aussi réussi, et vient fermer un EP montrant un Deadboy sûr, sachant donner dans différents genres de manière concluante. Un EP d’une grande qualité, qui dissipe une partie du mystère Deadboy, sans rien retirer de sa classe.

 

Tracklist :

01. Return
02. YHVH
03. Des Niles
04. Life Code

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