DJ Python – Dulce Compañia

Autoproclamé créateur du deep reggaeton, DJ Python prouve avec son excellent premier album tout le sens de cette étiquette.

DJPython_DulceCompania_packshot

8.5

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 23 octobre 2017 | 12:13

Labelliser de manière autoritaire un son est une opération délicate, en particulier dans le paysage fragmenté des musiques électroniques, dans lequel les styles et genres acquièrent une valeur distinctive accrue. Autoproclamer un style peut alors prendre des allures de manifeste, cherchant à fédérer une scène – avec le 130 de Keysound Recordings, il y a quelques années, par exemple –, mais cette opération risque toujours d’être perçue sous le signe d’une prétention, ou d’être tournée en dérision quand le genre ainsi nommé tombe aussitôt en décrépitude – qui se souvient aujourd’hui du dubbage ?

Dans le cas de DJ Python, qui abrite sa musique sous le terme de deep reggaeton, cette catégorisation ne constitue pourtant qu’un honnête reflet de ses productions. Puisant dans le reggaeton, le dancehall, mais aussi dans le shoegaze ou la deep house, DJ Python dévoilait avec l’excellent ¡Estéreo Bomba!, paru l’an dernier, un style reprenant le tempo chaloupé et les syncopes caractéristiques du reggaeton, mais aux synthés aériens et englobants, accueillant l’auditeur dans des nappes ouatées. Un an plus tard, le jeune producteur new-yorkais transforme l’essai avec Dulce Compañia, premier album irréprochable pour Incienso, nouveau label d’Anthony Naples.

On retrouve, dès les premières secondes de l’introductif « Las Palmas », les codes des productions de DJ Python : sur des rythmiques dancehall, l’artiste laisse éclater des claviers scintillants, délayés pour former des murs du son successifs, dans lesquels transparaissent d’entêtantes mélodies. Prenant en compte les spécificités du long-format, DJ Python tire profit de la succession des titres pour organiser une lente immersion : plus franc, « Cuál » s’inscrit dans la ligne de ce premier titre tout en renforçant chaque élément. Les percussions se font plus marquées, l’aspect vaporeux des pads dissimulant des arpèges agités aussi. Les deux versions de « Todo Era Azul », fonctionnant en binôme, achèvent cette progression. Paré d’une longue introduction, aux rythmiques tranchantes, la « Versión Afuera » du titre laisse finalement s’envoler ses claviers de cristal, doucement répétés. Avec le « Siempre Dub » du titre, c’est enfin la plongée complète dans l’éther : les rythmes s’effacent au profit de nappes luxuriantes, dont il devient difficile de distinguer les limites.

Arrivé à ce stade, chaque titre prend l’allure de petit classique, existant au sein de sa propre bulle musicale. « q.e.p.d. » sublime ses synthés réverbérés par le recours à des basses sous perfusion dub ; « Acostados » démontre la capacité de ce style à s’exprimer dans la longueur, DJ Python étirant ses motifs sur près de neuf minutes. Avec « Esteban » et « Yo Ran (Do) », l’artiste revient enfin aux fondamentaux de ses productions, refermant une sorte de boucle initiée au début de l’album.

Avec ce dernier changement de teinte, DJ Python confirme sa faculté à étendre sur la durée d’un album le style forgé par son premier EP. Avec Dulce Compañia, il nous livre un album homogène mais coloré et nuancé, à la progression sensible, et qui loin d’épuiser toutes les possibilités ouvertes par cette hybridation de styles, apparaît comme un programme voué à donner naissance à de nouvelles tentatives. Loin de toute présomption, Dulce Compañia constitue une preuve de l’intérêt de l’étiquette deep reggaeton, reflet exact des huit titres qui le composent.

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