Djrum – Portraits With Firewood

Oeuvre charnière d’un artiste singulier, le second album de Djrum devrait attirer l’attention des mélomanes

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9.0

10

Par Martin Drazel
Publié le 23 août 2018 | 13:25

Djrum : voilà un alias de plus en plus répandu sur les lèvres des mélomanes électroniques. Les sorties de l’Anglais, au commencent disparates se sont intensifiées ces deux dernières années grâce à l’intervention de 2nd Drop, label sur lequel Felix Manuel a signé toute une série d’EPs notables. Progressivement, le style de Djrum s’est affirmé jusqu’à devenir cette palette artistique impressionnante qu’il déroule dans Portraits With Firewood, second album après Seven Lies, cette fois-ci accueilli par le légendaire R&S Records.

Ce qui frappe dès l’introduction avec « Unblocked », c’est la présence singulière d’une orchestration au piano qui guidera l’opus. Après cette brève contemplation d’un monde ouvert, nous parcourons sans attendre des univers fastes d’une richesse rare, comme l’annonce sans détour « Waters Rising ». La cohérence musicale, l’interaction d’une finesse bienvenue entre moments d’intensité rythmique et solos de piano permettent à la musique de Djrum d’évoluer au-delà des attentes. On se laisse aisément surprendre puis transporter par cette harmonique mi-dense mi-rêveuse qui jongle avec justesse entre accélérations et arrêts temporels. Ainsi s’enchaînent ces portraits sous feu de bois, un coup de pinceau digital après l’autre.
Puis se dessinent dans l’air les deux parties de « Creature », dont l’esquisse s’étend en une longue plage nostalgique où violons et ritournelles de piano cohabitent pendant de belles minutes contemplatives. Le rendu final est plus abrupt, le thème au violon se confondant dans un rythme pulsionnel, ces samples vocaux habituels chez Felix Manuel (tirés d’Existenz ?) venant ponctuer la narration par d’importantes questions philosophiques. A nouveau l’évolution du morceau est empreinte d’une liberté créative qui dénote d’une vision plutôt musicale qu’en quête de stabilité, l’artiste ne semblant pas se soucier des codes apposés, préférant s’approprier pleinement sa création. Cela permet à ses conceptions une originalité indéniable.

L’intriguant « Sex » continue ce jeu des codes, flirtant avec la saturation et les rythmes symétriques dont R&S a fait son fer de lance. On y reconnaît une inspiration chez Tessela, même si les influences originelles sont oblitérées par la destruction mise en scène par Djrum. Ce synthé bouclé connaîtra nombreuses métamorphoses avant que ne se referme cette nuit fiévreuse où chacun trouvera l’extase, laissant la moiteur se mélanger à cette formation serrée piano/violon, fil directeur de notre épopée. Ces portraits sceptiques de toute perception réapparaissent en nous questionnant derechef dans « Blue Violet », titre où se confondent encore harmonique et électronique, brouillant l’image avec ce staccato synthétique qui évolue en d’immenses nappes distantes pour en (re)concrétiser la matière. Cette fine limite sur laquelle danse la musique de l’Anglais n’appartient qu’à lui, peu sont capables comme Djrum d’une telle authenticité.

L’ultime chapitre de cette fable fantasmagorique s’encadre de deux instants de paix avant l’orage. Tout d’abord émerveillés par ces vocalises qui flottent par-delà l’orchestre spatial de « Sparrows », alors qu’une nymphe semble vouloir nous montrer les étoiles, nous voilà soudainement happés par l’effervescence maniaque d’une nouvelle partie de « Showreel ». Ce troisième volet d’une série de d’EPs apparus chez 2nd Drop détient une contresens logique à toute la beauté philharmonique de Portraits With Firewood, point culminant du questionnement vital animant l’album. Introduit par un semi-néant mélodique, le titre prend une tournure de rave sous orbite lorsque s’impose un kick nerveux sur lequel chancelle une nappe spatiale. Polymorphe jusqu’à son terme, « Showreel, Pt. 3  » se termine dans une apothéose jungle qui n’a rien à envier à ses contemporains, démontrant davantage la versatilité du musicien derrière ses machines, son escapade loin des grilles codifiées. « Blood In My Mouth » conclut l’oeuvre incomparable de Djrum par une note sereine, rappelant malgré tout l’urgence du monde aux alentours, nous avertissant qu’il est trop tard. Mais trop tard pour quoi ?

Portraits With Firewood est ce point charnière où de nombreux artistes se révèlent au monde comme à eux-mêmes. Chaque carrière peut se targuer d’avoir son piédestal, cet achèvement après lequel chaque route s’ouvre, tout devenant possible. Djrum est arrivé à cette croisée des chemins, d’une manière superbe et sans-pareil. L’Anglais n’avait jamais déçu auparavant et il continue à affirmer cette tendance, devenant ainsi l’égérie des dilettantes et autres marginaux fatigués d’entendre des variations d’une même recette.
Ici s’exprime un musicien, nous nous devons donc de tendre l’oreille.

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