Djrum – Seven Lies

Djrum a donc utilisé avec brio les différents pans de la musique électronique pour en créer un qui lui est bien propre.

Djrum - Seven Lies

8.1

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 2 mai 2013 | 20:12

On pensait la scène UK morte depuis un certain temps, car mises à part les galettes de notre cher Andy Stott et de Burial, rien de bien exceptionnel n’est sorti. A cette image, le dernier Mount Kimbie est le symbole d’un genre légèrement à la dérive. Hotflush avec Scuba et sa bande, excepté Sigha, semblent être sous sédatifs, et avec eux toute la scène UK Garage. Mais un homme a cependant retenu notre attention parmi ce lot en manque d’inspiration, il s’agit de Felix Manuel a.k.a Djrum (à prononcer Drum) qui s’est mis à produire en 2010 lorsque la UK Bass appelée, parfois, post-dubstep était en perte de vitesse. Il signe dès 2011 ses maxis sur 2nd Drop Records, label tremplin pour sa carrière de beatmaker, puisqu’il signe ce mois-ci son 1er album sur celui-ci.

Mais ce qui nous fascine surtout chez ce bonhomme c’est la culture et les influences éclectiques qu’il a acquises au fil des ans tant techno et house qu’ambiant : en effet il est capable de playlister aussi bien Perc ou Lucy que Taylor Dupree, Svarte Greiner, Murcof, Richard Skelton ou encore Chris Watson dans ses mixs pour RA ou pour Mixmag, sans oublier les quelques familiarités avec Portishead, DJ Shadow, le crew Ninja Tune (Amon Tobin, Bonobo, Emika, The Cinematic Orchestra, Yppah), et une connaissance cinématographique peu commune.  Seven Lies, titre de ce premier album vient alors redonner un peu d’espoir à ce genre devenu un peu trop apathique.

 

La principale réussite ici réside justement dans cette combinaison entre house façon « old school » des années 90 et le futurisme incarné par la partie dubstep fusionnant dans un unique canevas au groove imparable. L’alliage de ces deux influences majeures que tout opposait est finement modelé et les pulsations syncopées répondent aux lignes de basses agencées avec soins. Les voix RnB sont légèrement « surpitchées » et ne servent finalement que de décoration, d’ornement final à ce patchwork aux influences diverses et variées (sauf éventuellement sur Anchors où la voix de Shadowboxx est malheureusement bien trop proéminente).
Légèrement mélancoliques mais avec une rudesse presque agressive, les textures de ces « beats cassés » nous font osciller la tête sans pour autant faire dans la démonstration. Une classe sereine se dégage de cet album, notamment sur Comos Los Cerdos, dont la paternité aurait pu revenir à Flying Lotus avec ce côté légèrement funk, un poil poli par la rondeur de la basse, la petite sirène qui fait un peu cliché mais qui fait aussi sourire.

 Cet album se remarque aussi par la longueur de ces tracks : une seule se trouve sous la barre des 5 minutes, la plupart s’étirant jusqu’à 8-9 minutes, ce qui est relativement long pour ce genre de musique. Cependant, pas de réels temps morts, car au sein de chacun de ces morceaux on sent une évolution, un chemin qui se dessine et sur lequel l’auditeur pourra marcher d’un pas allègre. Dam et Arcana (Do I Need You) en sont les exemples les plus fragrants, avec une plus grande omnipotence des beats pour ne pas laisser le rythme tomber.
Ce qu’il faut aussi retenir c’est la diversité instrumentale proposée par Djrum sur ces productions, les cordes sont à l’honneur (piano, guitare et violon)  mais aussi les vents qui s’incrustent dans ce tableau aux couleurs dont on a du mal à percevoir si elles sont chaudes ou non (à l’image de la sublime pochette) et confère une certaine stature à ces titres léchés.

Notre coup de  cœur va à Honey, avec une sorte de légèreté ambiante qui n’est qu’un faux semblant ; la lourdeur des percussions fait l’effet de petits coups de marteaux en train de défoncer très gentiment notre crâne. Ne serait-ce pas d’ailleurs un sample de la voix de Nina Simone que l’on entend ? C’est aussi sur ce morceau très soul que le mariage entre renflements dubstep et groove se fait de la manière la plus limpide possible et octroie à ce morceau une dimension encore plus particulière.

 

Djrum a donc utilisé avec brio les différents pans de la musique électronique pour en créer un qui lui est bien propre. La richesse sonore de ce Seven Lies est en effet peu commune et une certaine élégance suave transpire de ces morceaux quelque peu mélancoliques. Les drums sont ici d’une importance capitale et soutiennent l’union entre passé et futur pour former un présent de toute beauté.
Cet album a réussi à insuffler de la vie dans un genre en dépérissement. Espérons que les beatmakers suivent l’exemple de ce jeune producteur talentueux, car on écoute là pour une fois un album d’UK Garage qui ne s’oubliera pas de sitôt.

 

Tracklist :

01 – Obsession
02 – Anchors (feat. Shadowbox)
03 – Comos Los Cerdos
04 – Dam
05 – Arcana (Do I Need You)
06 – Lies (feat. Shadowbox)
07 – Honey
08 – Arcana (Coda)
09 – Thank You

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