Dorian Concept – Joined Ends

Le grand retour de Dorian Concept : Joined Ends est l’album impressionnant d’un artiste ayant pris le temps de proposer une oeuvre parfaitement accomplie.

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8.2

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 31 octobre 2014 | 10:24

Replaçons le contexte : il y a cinq ans, la scène beats se trouve en pleine effervescence. Dans le sillage du brillant Los Angeles de Flying Lotus, Hudson Mohawke et Rustie trouvent leur place dans les rangées de Warp Records ; Nosaj Thing publie un premier album à tomber. La scène se fraie même un chemin parmi les scènes britanniques, alors que commence à se faire entendre le terme de « wonky ». Au sein de cette nébuleuse, Dorian Concept publie son premier mini-album, When Planets Explode, censé annoncer un véritable long-format à venir. Le son du jeune Autrichien brille par son originalité : centré sur des claviers live – l’artiste a une formation de pianiste jazz – sautant de tonalité en tonalité et soutenus par des rythmiques complexes et claquantes, ce premier jet laisse entrevoir toutes les capacités d’un producteur déjà en pleine maîtrise de son art.

 

Sauf que le véritable long-format s’est ensuite fait attendre. Dorian Concept n’a pas vraiment chômé dans l’intervalle : outre ses concerts incendiaires, Oliver Thomas Johnson a notamment été aperçu sur les Cosmogramma et Until The Quiet Comes de Flying Lotus ou sur le premier album de Thundercat. En 2011, on apprenait également que l’artiste rejoignait les rangs de Ninja Tune, au biais d’un nouvel EP, Her Tears Taste Like Pears. Il aura néanmoins fallu attendre jusqu’octobre 2014 pour enfin voir paraître Joined Ends, nouvel album du prodige.

On pouvait s’en douter, beaucoup de choses ont changé en cinq ans. Cette évolution se fait sentir dès les premières minutes de l’introductif « The Sky Opposite » : le son est moins poussiéreux, plus propre que par le passé. Surtout, si le travail sur les claviers est toujours aussi épatant, Dorian Concept opte ici pour un son nettement plus mélodique et structuré. En bref, l’Autrichien s’est assagi. Est-ce un problème ?

Très clairement, la réponse est non. Car l’artiste gagne en cohérence ce qu’il perd en folie illuminée. Continuant la démonstration, « Ann River, Mn » impressionne ainsi de ses chutes de synthétiseurs cristallins, en harmonie parfaite avec des vocaux brouillés. Très mélancolique, l’atmosphère ne tarde pas à prendre. Les couches se superposent avec une attention toujours grande prêtée à l’arrangement de l’ensemble. Les titres s’enchaînent dans cette même veine, autour de claviers soigneusement programmés pour donner pleine expression à des mélodies systématiquement impeccables, clamant leur douce nostalgie. Les voix, placées au même niveau que les autres instruments, donnent une couleur unique au mélange.

Les envolées imprévisibles des premières sorties ne sont pourtant jamais bien loin : on sent toujours la possibilité, dans ces morceaux évoluant beaucoup, d’un détour inattendu. « Draft Culture » prend ainsi un virage vers des rythmiques quasi UK Garage où surnagent des synthés très abstraits. Là aussi pourtant, Dorian Concept met en lumière une maîtrise accrue de ses aspirations : le résultat est remarquable, composant une juxtaposition d’atmosphères ne donnant jamais dans l’excès.

Joined Ends se situe donc dans cette tension permanente entre la complexité dont font preuve les séquences successives et la fluidité de l’ensemble : rien ne choque ici l’intuition, tant une certaine forme d’évidence ressort de ces douze titres. Le très beau « Nest Nest » pourrait d’ailleurs presque être un morceau pop, dissimulé sous un voile synthétique éclatant. A sa suite, l’excellent « The Few » joue sur la conjonction de patterns élancés et de beats sautillants, accumulant les nappes sonores dans une forme de grand exultoire.

 

En cinq ans, Dorian Concept a donc su donner une nouvelle dimension à ses paysages sonores. S’il s’est assagi, c’est donc plutôt en laissant infuser sa folie mélodique dans un nouveau cadre qu’en la laissant complètement derrière lui. Et si le niveau de ses productions se voit haussé d’un (grand) cran, l’Autrichien n’a pour autant pas délaissé sa propre touche. Joined Ends est ainsi l’album impressionnant d’un artiste ayant pris son temps pour proposer une œuvre parfaitement accomplie. On espère simplement, maintenant ce travail effectué, ne pas avoir à attendre cinq nouvelles années avant le prochain disque.

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