Downliners Sekt – Silent Ascent

Un album en forme de pont temporel, faisant surgir l’émotion au travers de chacun de ses détails.

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8.0

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 9 avril 2014 | 18:52

2010 : la Grande-Bretagne n’a pas encore entamé certaines des mutations majeures ayant affecté son paysage sonore depuis – mouvement vers la techno d’une partie de ses artistes, départ dans une myriade d’autres directions nouvelles de la plupart des autres –. La scène dubstep est en effervescence : si l’on pressent, au vu de la variété toujours plus large de ses productions, à quel point le terme perd de son caractère descriptif, des producteurs revenant à ses origines UK Garage en leur apportant la juste dose de mélancolie et de sons vaporeux s’emparent du genre. « CMYK » et « Hyph Mngo » font le tour des playlists.
Dans l’ombre, un petit collectif mystérieux, Downliners Sekt, déjà responsable de trois longs formats autoproduits, publie un EP remarquable, Hello Lonely, Hold The Nation, qui restera peu connu malgré les recommandations d’une Mary Anne Hobbs.

Quelques années plus tard, après s’être tenu au rythme d’un EP par an, Downliners Sekt sort de sa tanière, encouragé par sa récente signature sur le label français InFiné, avec un Silent Ascent qui s’apparente à un véritable premier album pour le collectif espagnol.
Dès les premières secondes, l’écoute est troublante, tant le disque crée l’illusion d’établir un pont temporel vers 2010 : d’une certaine manière, Silent Ascent ressemble à l’album qu’aurait pu sortir Joy Orbison avant son virage à 130 BPM. On baigne ainsi dans des formes musicales aujourd’hui révolues, que l’on avait quelque peu oubliées, mais que l’on retrouve avec un plaisir non-dissimulé.

C’est que Downliners Sekt possède une certaine maîtrise du style, et le fait savoir : avec « Silent Ascent », single éponyme placé en seconde position, le groupe manifeste sa capacité à consigner en quelques minutes de quoi créer un titre s’élevant au rang des plus grands.
Pourtant, c’est plus encore lorsque le groupe autorise ses titres à s’exprimer sur des durées plus longues qu’il subjugue. La musique de Downliners Sekt s’apparente en effet à une sorte de réseaux de fils tendus à l’extrême, au bord de la rupture, soutenus par des rythmiques syncopées et répétitives, constituant un arrière-plan au-dessus duquel viennent se greffer des motifs évanescents, portant un message tout en cherchant à se faire au plus vite oublier. L’intérêt de cette musique réside ainsi dans le contraste entre la richesse de ses structures et la finesse de ses détails : sur plus de sept minutes, « This American Life » en apporte la grandiose preuve, faisant revenir sur une même toile divers éléments nous tenant d’un bout à l’autre, qu’il s’agisse de cette montée de cordes synthétiques au milieu du titre ou de ces claviers erratiques, renversés, qui bouleversent notre perception en sa fin.

Difficile, dès lors, de ne pas chercher à mentionner chaque titre, tant tous se parent de ces sons imprévus, qui loin de n’être que de simples décorations, sont au contraire au cœur du jaillissement de l’émotion, conférant à chaque composante du disque un aspect mémorable, qui restera sans que l’on s’en rende compte gravé dans votre inconscient. Leur succession donne à chaque titre l’aspect d’une épopée miniature, nous guidant dans des cavernes sonores en éclairant successivement les éléments nous entourant.
« Eiger Dreams », par exemple, voit ses pads brumeux, vacillants, recouverts de voix spectrales, se fondant dans les volutes de fumée pour hanter l’écoute. Ailleurs, « Junior High » ralentit le tempo pour offrir une parenthèse apaisée, dissipant une part de mélancolie tout en laissant poindre les frissons à chaque coin de mesure, au biais de quelques notes dégradées de piano. Plus lent encore, « Etern » rappelle les amours wonky du groupe et s’affirme comme l’une des pus grandes réussites du disque, nous marquant par ses claviers délavés, s’extirpant de toute structure pour conserver toute leur expressivité.

On pourrait, finalement, distinguer ce type de petites images parsemant l’exploration pour l’ensemble de l’album : alors que résonnent les dernières effusions de piano du sublime « Give Him Your Heart » conclusif, toutes reviennent alors à l’esprit pour recomposer l’image d’un album achevé et hors du temps. D’une grande cohésion, l’album dépasse le cap de l’heure de musique sans jamais lasser, nous laissant au contraire émerveillés par chacun de ses éléments. On ne savait pas vraiment qu’attendre d’un album de Downliners Sekt, quatre ans après notre rencontre avec le groupe ; nous voilà fixés : Silent Ascent vient marquer d’une pierre une année 2014 déjà bien chargée en sorties de qualité.

 

 

Tracklist :

01. Soul Debris
02. Silent Ascent
03. This American Life
04. Hors Phrase
05. Balt Shakt I
06. Eiger Dreams
07. Reversal
08. Junior High
09. Etern
10. Balt Shakt 2
11. Once Mercurial
12. Give Him Your Heart

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