DVA [HI:EMOTIONS] – NOTU_URONLINEU

Sous son alias HI:EMOTIONS, DVA signe un disque impressionnant : NOTU_URONLINEU est un album complexe, mais dont les écoutes répétées révèlent la richesse.

hiemotions

9.0

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 24 octobre 2016 | 6:50

La musique de Scratcha DVA ne s’est jamais véritablement conformée à des canons établis. Dès ses premiers EPs, Leon Smart s’est attaché à subvertir les genres dans lesquels il s’inscrivait, en proposant des titres proches du grime ou du UK Funky, mais fondamentalement étranges, d’aspect bancal, offrant à l’artiste une plus grande liberté. Depuis son Allyallrecords, paru l’année passée, cette liberté se trouve précisément placée au coeur de ses travaux : pilier du label Hyperdub, DVA y puise les influences qui traversent le label britannique pour ouvrir un champ musical toujours plus large. Rien, cependant, ne pouvait nous préparer à l’expérience que constitue ce NOTUURONLINEU, deuxième album de l’artiste – et premier sous son pseudonyme DVA [HI:EMOTIONS] –, entièrement enregistré dans le noir – nouvelle preuve du grain de folie qui l’habite.

À l’image de sa superbe pochette, DVA nous plonge dans cette nouvelle œuvre au sein d’une dense toile musicale, composée de réseaux de voix et de sons associés à un imaginaire futuriste. Des bruissements mécaniques, des éclats indistincts et une voix neutre proclamant « initiating shutdown sequence » nous introduisent dans un univers dystopique où s’entrechoquent mélodies paraissant sereines tout en provoquant l’inquiétude, faux extrait publicitaire en clôture d’« ALMOSTU », ou synthétiseurs évoquant de vieux jingles informatiques en préambule du génial « DREAMFLIX ». Tissant l’image d’un monde cybernétique, où se croisent des informations contradictoires, ces sons se greffent sur des morceaux dont les titres renforcent cette impression de chaos numérique. Des traces d’humanité subsistent, émergeant parfois au sein de ces réseaux, dans l’angoissant piano du beau « AD1_V1 » ou les voix éthérées de Rae Rae et Roses Gabor sur « ALMOSTU », pièce centrale du disque, qui ramène le calme dans un ensemble tendu. Ailleurs, d’autres sonorités reviennent sous la forme de lancinants leitmotivs, notamment au sein des versions successives de « SHUTDOWNCENTRAL » qui jalonnent le disque.

Cette atmosphère se traduit, sur le plan musical, par le franchissement d’un nouveau cap dans la quête de liberté qui semble caractériser l’œuvre de DVA depuis un peu plus d’un an. Des tendances divergentes se rencontrent au sein de cet univers commun, faisant succéder aux nappes troublées de « SUZHOU » les rythmes improbables de « MEMORIESOFOFFLINEACTIVITY ». On retrouve régulièrement des lignes percussives nébuleuses, tressées autour de sons triturés, modulés hors de toute logique. À cet égard, le disque atteint son sommet avec l’enchaînement des fabuleux « DAFUQ » et « NOTU_URONLINEU ». Ouvert sur des sonorités grandiloquentes mais sorties de tout contexte, « DAFUQ », réalisé avec la collaboration de Sinjin Hawke, vire ensuite au grime le plus abstrait, autour de sons confinés rompant avec une fracassante introduction. À sa suite, « NOTU_URONLINEU » s’attelle à tracer des ensembles rythmiques enchevêtrés, semblant évoluer de manière autonome pendant huit minutes, se mêlant avant de se dissocier. À l’improviste, des échos de voix humaines et fragments jazz émergent parfois, pour mieux se dissoudre à nouveau.

En fin de disque, « DREAMFLIX » paraît finalement synthétiser cet univers embrumé : au-dessus d’un arpège synthétique repris de son premier album s’impose une mélodie évoquant les sons de lancement d’anciens ordinateurs, censés susciter un certain espoir, tout en se parant d’une sombre nostalgie. Scratcha DVA livre ainsi une œuvre peuplée d’éléments divergents, mais capables de s’assembler pour susciter le trouble de l’auditeur. Affranchi de toute limite musicale, DVA se distingue par la liberté qui se dégage de ce second album, qui tranche avec le monde dépeint au cours de cette quarantaine de minutes. NOTUURONLINEU est un disque complexe, offrant plusieurs niveaux de lecture, mais dont les écoutes répétées révèlent toute la richesse ; on tient là très certainement l’œuvre la plus impressionnante de la discographie de DVA.

Tracklist :

01. SHUTDOWNCENTRAL
02. SUZHOU
03. MEMORIESOFOFFLINEACTIVITY
04. AD1_V1
05. B IT
06. ALMOSTU feat. Rae Rae & Roses Gabor
07. DAFUQ
08. NOTU_URONLINEU
09. SHUTDOWNCENTRAL 2.1
10. FD14
11. DREAMFLIX
12. SHUTDOWNCENTRAL 3.0

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