e.m.m.a. – Blue Gardens

Blue Gardens redonne tout son sens au mot incomparable : s’il témoigne de la vivacité de cette scène “130″, il met surtout en lumière une artiste possédant déjà un son sans égal…

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8.2

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 26 juillet 2013 | 17:26

Pour certains artistes, l’album est une étape finalement franchie après des années d’EPs soigneusement distillés, un palier n’allant pas forcément de soi. Au contraire, la musique d’autres semble naturellement se prêter à des formats plus longs, sans qu’il soit aisément possible de l’expliquer. e.m.m.a. est de ceux-là. Découverte cette année, semblant surgir de nulle part avec un Peridot surprenant sur la compilation This Is How We Roll (chroniquée ici), qui la plaçait au cœur d’une nouvelle scène anglaise (« 130 sound »?) en pleine effervescence, e.m.m.a. faisait déjà apparaitre une sensibilité mélodique à part qui laissait présager le meilleur sur une plus longue distance.
Quelques mois plus tard, c’est à nouveau Keysound qui lui laisse l’opportunité d’exprimer son univers sur la durée d’un album. Et si le choix de laisser un artiste n’ayant jusqu’alors publié qu’un unique titre peut sembler ambitieux, il est difficile de ne pas le trouver judicieux tant ce Blue Gardens apparaît comme une franche réussite.
 

Certes, e.m.m.a. s’inscrit dans le cadre de cette scène travaillant aux alentours de 130BPM et jouant avec les fantômes du dubstep et du grime old-school, du UK garage et du UK funky. Mais plutôt que de se contenter d’apporter au genre son premier véritable album, e.m.m.a. en profite pour souligner sa propre singularité.
L’introduction vous propulse immédiatement dans son univers, l’album vous proposant ensuite de naviguer entre les points de référence de l’artiste, ses obsessions affirmées, d’un « grime Victorien » à l’encyclopédie Encarta 96 évoqués dans toutes ses (rares) prises de parole. Tout cela pourrait passer pour obscur, mais l’Anglaise a précisément une capacité certaine à lier des éléments apparemment divers afin de proposer quelque chose d’immédiatement compréhensible.

e.m.m.a. n’a ainsi aucune difficulté à nous faire accepter, dès Dream Phone VIP, des éclats de signatures rythmiques alternatives venant pervertir le cadre du morceau. Rythmiquement, tout dans ses titres semble d’ailleurs instable, tant l’artiste semble prendre plaisir à sauter d’un pattern à un autre comme pour mieux faire éclater les barrières rythmiques. D’une mesure à l’autre, des rythmes UK garage, UK funky ou dubstep se succèderont ainsi sans prévenir, pour mieux faire ressortir le fil conducteur guidant l’auditeur : ses tissus mélodiques incarnés par des synthétiseurs aux timbres trébuchants.
Ce même fil permet aussi de fondre à merveille dans l’ensemble les deux (excellentes) collaborations qui s’insèrent dans l’album : Jahovia tout d’abord, en compagnie du légendaire Rebel MC, apportant une palette rastafari inattendue, et surtout le fabuleux Nostrum co-produit avec Sully, perle insoupçonnée de UK garage sombre au possible mêlant parfaitement le monde des deux artistes.

Difficile, dès lors, de séparer un morceau des autres, tant la cohérence de l’album est grande, confirmant notre pressentiment sur la faculté d’e.m.m.a. à proposer un disque réellement immersif. Enivré par ces sons cheap, tant au niveau des mélodies que des percussions, on vogue au gré des titres dans une succession d’atmosphères rares, d’un Cherry Favour évoquant presque une Ikonika assombrie à un Green Light laissant penser que le terme de Victorian grime n’est pas si absurde. Et alors que Marina et Shoot The Curl semblent laisser l’album s’envoler vers d’autres contrées, le tellurique At Sea le ramène en fin de parcours au sol, comme pour mieux manifester la maîtrise de l’Anglaise.
 

Blue Gardens redonne tout son sens au mot incomparable : s’il témoigne de la vivacité de cette scène « 130″, il met surtout en lumière une artiste possédant déjà un son sans égal tout en se montrant capable d’y rattacher de nombreuses références. Et si de telles qualités sont déjà remarquables chez n’importe quel producteur, elles le sont d’autant plus chez une artiste qui n’avait encore rien publié il y a six mois.
 

 

Tracklist :

01. Intro
02. Dream Phone VIP
03. Cherry Favour
04. Jahovia (feat. Rebel MC)
05. Marina
06. Nostrum (feat. Sully)
07. Green Light
08. Shoot the Curl
09. Mood Ring
10. At Sea
11. Outro

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