Elijah & Skilliam – Fabriclive 75

Fabriclive 75 ne tient pas toutes ses promesses, mais reste suffisamment convaincant pour espérer quelques belles années de plus pour Butterz.

ELIJAH-SKILLIAM-PACKSHOT-BIG

6.9

10

Label

Genre

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 22 mai 2014 | 10:09

Petit rappel historique : en 2010, alors que le genre nage en plein marasme, contrastant avec l’inventivité dont il faisait preuve depuis ses débuts dans l’Est londonien, un label va à lui tout seul redonner un sens au mot « grime ». Elijah et Skilliam, DJ et fondateurs de Butterz, vont en effet impulser une nouvelle dynamique qui va révolutionner le genre : en se focalisant sur le producteur plutôt que le MC, et en propulsant un son brut et flashy, puissant volontiers ses racines dans le funk ou le jazz, Butterz va permettre l’émergence d’une nouvelle génération d’artistes à même de donner un nouveau souffle au grime. La consécration ne se fait pas attendre : un an plus tard, le duo, devenu pilier de la programmation de Rinse FM, offre à la série de mix Cds de la station ce qui restera comme l’un de ses meilleurs volumes, mêlant énergie et DJing d’une qualité impressionnante autour d’une trentaine de titres parfaits.

Et puis, lentement, le label a paru s’effacer : alors que le grime connaissait de nouveaux soubresauts, touché par des producteurs ralentissant le tempo pour modifier ses contours ou visant la pure expressivité mélodique, Butterz n’a par exemple publié en 2013 qu’un seul simple signé Flava D. L’annonce d’un mix CD pour l’institution Fabriclive avait donc de quoi aguicher, permettant de voir le positionnement du label dans une scène grime reconfigurée.

 

L’écoute du début du disque a donc de quoi désarçonner. Alors que le souvenir de la sélection fine et des transitions inouies du Rinse: 17 reste prégnant, le duo semble dans un premier temps se complaire dans la facilité : au terme d’une introduction reprenant les éléments habituels, le duo se contente de lancer quelques titres reconnus mais relativement évidents de l’année passée – « Killer » de Four Tet & Terror Danjah, « Stone Island » de Terror Danjah & Champion –, avec un mix au mieux médiocre. La présence d’un énième VIP du « Hold On » de Flava D pousse cette sensation jusqu’à l’impression que les deux Djs se reposeraient sur leurs lauriers. Lil Silva seul dénote en tenant son rang, le reste de cette première partie laissant une impression plus que mitigée : le pire est atteint sur le titre de D Double E, virant malgré son talent à la caricature en se limitant à un rabâchage de tous ses gimmicks (« It’s Muee Mueeee », « Oh my wooord », …) avant de reprendre les lyrics de son « Street Fighter Riddim ».

Fort heureusement, alors que l’on se prend à douter sérieusement, nos hôtes parviennent à se remettre en selle : au bout d’une vingtaine de minutes, le « I Know You Want Me » de Royal-T sonne la révolte. D’une brutalité tranchant avec la facilité affichée jusqu’alors, le titre ouvre une nouvelle séquence nettement plus positive : appelés en renfort, le MC P-Money et Kowton superposés font de véritables ravages. Toujours aussi fiable, on retrouve par ailleurs JME au micro derrière trois titres parsemés tout au long du tracklisting. On dénombre, surtout, quelques authentiques instants de brillance : l’enchaînement des pistes 12 à 14, splendide, convoquant le grime le plus mélodique du moment pour s’achever sur un merveilleux titre de l’inimitable Murlo, est ainsi tout bonnement remarquable. Plus loin, le « Born In The Cold » de Wiley s’avère tout aussi convaincant en étant enchaîné au fabuleux « Keep It Cool » de Kelela, produit par Jam City, instant de vague flottement entre interrogation et mélancolie, touchant à la perfection.

Malheureusement, la finesse de ces transitions laisse d’autant plus ressortir la grossièreté de certaines autres, comme si le duo ne voulait pas vraiment faire oublier les doutes suscités par le début du mix : les enchaînements vers le titre de Darq E Freaker, ou vers le titre du projet 040 de Joker et Swindle, sont ainsi relativement indignes du niveau habituel des deux DJs. La sélection de cette deuxième partie de mix permet néanmoins de sauver bien plus que les meubles, tant chaque titre paraît ici à même de montrer toute la vitalité d’un genre souvent peu compris.

 

Surtout, nos questionnements finissent par être levés par une conclusion signée Swindle, laissant au contraire apparaître tous les espoirs : mettant en jeu des sonorités proches de la pop 80s, gorgées de reverb, devant une instrumentation live dynamique, l’Anglais – visiblement influencé par son rôle de claviériste lors des tournées de l’album Mala in Cuba – nous rappelle la force d’innovation qu’a été et est toujours Butterz. Loin de tenir toutes ses promesses, Fabriclive 75 montre donc que Butterz a encore de belles années devant lui, à condition de ne pas oublier la nouveauté qui a fait sa force.

Tracklist :

01. Royal-T – Intro
02. Four Tet & Terror Danjah – Killer
03. Terror Danjah & Champion – Stone Island
04. Flava D – Hold On VIP 3
05. Lil Silva – Venture
06. D Double E – Sickman VIP Dubplate
07. Royal-T & Champion – Mufasa
08. Swindle – Good Stay Bad
09. Royal-T – I Know You Want Me
10. P-Money / Kowton – Roll Call / H-Street (138 Mix)
11. Preditah feat. JME – Jack Up The Tune
12. Darq E Freaker – 666 Sauna
13. P Jam – Disturbed 2.0
14. Murlo – Into Mist
15. Footsie – Hit Him (Butterz Dubplate)
16. JME – Integrity
17. 040 – Let It Be Known
18. Swindle & Silkie – Twinkle
19. Wiley feat. Andreena Mill – Born In The Cold
20. Kelela – Keep It Cool
21. DJ Q – Two Faced
22. Sir Spyro feat. JME & Alahna – Pull It Up
23. Flava D – Home VIP (Moony Remix)
24. Swindle – Outro

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