Eluvium ‎– Nightmare Ending

Une vraie surprise.

SSS Review - Eluvium Nightmare

8.0

10

Par Franck Zaragoza
Publié le 20 mai 2013 | 9:52

N’ayons pas peur des mots, le dernier album 2xCDs d’Eluvium (alias Matthew Cooper) est une vraie surprise. Dès les premières minutes, on constate que l’univers est très travaillé, plus abouti et nettement mieux structuré que les précédents opus. Des textures et des sonorités qui oscillent entre une ambiant- pop et un post-rock acoustique qui diffèrent totalement des oeuvres antérieures de l’artiste. On note clairement une intention plus délicate et plus mature dans l’écriture, car, en effet, Matthew Cooper n’en est pas à son premier coup d’essai. Eluvium a ce don pour dresser des paysages complètements oniriques et imaginaires qui illustrent un monde paisible et serein, agrémenté d’une douce sensation d’apaisement qui émane en chacun de nous. Il est vrai qu’aujourd’hui, il est difficile de distinguer un bon morceau d’ambiant d’un mauvais. On tombe souvent dans les codes « clichés » déjà trop exploités : une nappe de synthés surenchérie d’une reverb presque baveuse sur nos petites enceintes de salon.
Résultat : on se lasse vite et on passe au morceau suivant en espérant qu’il sera plus surprenant que le précédent. Ici ce n’est pas le cas, on est littéralement imprégné d’une ambiance qui nous plonge dans une histoire, une narration irrésistible et un amalgame de souvenirs mélangés, où chacun peut s’identifier et se laisser bercer.

C’est vrai qu’au premier abord la jaquette ne reflète pas cette même sensation, cette légèreté que l’on savoure durant chaque morceau. Des couleurs rouges qui connotent une certaine violence et une ambiance quelque peu malsaine. Mais on y distingue rapidement un point commun entre le titre « Nightmare ending » et la couverture qui symbolise la fin d’un cauchemar, laissant place au rêve et à la sérénité. Finalement, on comprend que toute cette représentation tire une vision onirique et quasi- cauchemardesque, mais aussi une grande fragilité. Mais c’est tout là le coup de génie. Le paradoxe entre l’image et le son frappe.

C’est “Don’t Get Any Closer » qui introduit l’album. Et ceci d’une manière progressive, avec une subtile ligne organique soutenue de quelques nappes de drones qui s’entremêlent, où chaque son détient sa propre texture et sa propre couleur. On enchaine avec « Warm » qui comprend presque les mêmes harmonies et nous soulève au delà des frontières connues. Le rythme n’est jamais alterné et tisse un chemin agréablement ouvert, sans embuche. « By the rails » en est la preuve, comme si nous étions allongés à bord d’un wagon, traversant un décor brumeux, tout droit sorti d’un rêve.
Mais c’est à partir de « Caroling » que l’on saisi une étonnante sensibilité. Une gamme magnifiquement interprété au piano, superbement enregistré soit dit en passant, tout comme l’album lui même. La spatialisation est incroyablement maîtrisée. Chaque piste dessine, sans hésitation, un tableau abstrait, traçant un voyage subconscient, qui ne laisse jamais l’auditeur insensible. Chaque plan se superpose et modélise un espace où il fait bon vivre. Il n’y a pas un instant où l’on se répète. « Strange Arrivals » fait un peu pensé au titre de Tim Hecker « In the air III », peut-être s’agit il d’un clin d’oeil volontairement inséré de la part du compositeur. On frôle parfois la mélancolie, surtout les morceaux joués au piano ainsi que le titre « Covered in writing ». Mais finalement, l’environnement placide reprend son cours normal assez vite et l’album se clôture tout en douceur par « Happiness ».

Voilà que ce long voyage s’achève et laisse une sensation de bien-être indélébile en nous. On sait désormais comment affronter nos mauvais rêves. Il ne s’agit donc pas d’un simple album de pop-ambiant mais d’un aboutissement de recherches, une pièce construite avec beaucoup d’amour et de tendresse. Écouter « Nightmare ending », c’est vivre une expérience sensorielle unique qui ne vous laissera certainement pas insensible.

Tracklist :

Disc 1 :
1. Don’t Get Any Closer
2. Warm
3. By the Rails
4. Unknown Variation
5. Caroling
6. Sleeper
7. Envenom Mettle

Disc 2 :
1. Chime
2. Rain Gently
3. Impromptu (For the Procession)
4. Covered In Writing
5. Entendre
6. Strange Arrivals
7. Happiness

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