Emptyset – Recur

Emptyset n’a que peu ou prou évolué entre Demiurge et Recur, mais à quoi bon lorsque l’on est déjà au sommet de son art ?

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8.5

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 20 octobre 2013 | 20:20

La foudre frappa dès 2009 avec l’un des albums les plus abrasifs qu’il nous ait été donné d’entendre. Emptyset était né, utilisant une techno/noise inqualifiable de par sa brutalité sonore sans concession, créant une concupiscence pas très innocente et extrêmement auto-centrée. Mais l’orage n’était qu’encore qu’à ses premiers balbutiements. En effet, plusieurs EP suivirent, jusqu’à l’arrivée de Demiurge, sorti en 2011 sur le vénéré Subtext.

Pas besoin de chercher de midi à quatorze heures, ce dernier long format cosmogonique fut alors un ouragan monstrueux, balayant à peu près tout sur son passage.
Attention cependant, une écoute pleinement savourée des œuvres d’Emptyset demande en toute circonstance une importante implication de l’auteur car celles-ci s’avèrent extrêmement éreintantes par leur inaccessibilité première. Voilà pourquoi il faut vous mettre en garde, ce Recur qui sortira sur le prestigieux Raster Noton en fin de ce mois d’octobre ne sera pas une partie de plaisir. Rire jaune.

 

Le jaune, justement, couleur du souffre, correspond parfaitement à cet album. L’air y est à tout instant corrompu par cette odeur viciée, un râle de la mort qui fait frissonner de terreur mais aussi d’excitation. Pas de pulsations sur Origin, juste le souffle d’une nappe absconse tailladée par intermittence par des glitchs succincts et incisifs. L’adrénaline monte jusqu’au cerveau, nos nerfs sont à vifs, nos sens aux aguets. Les muscles se tendent, la chair est prête à craquer. Et cela pendant six longues, très longues, interminables minutes avec toujours cette présence qui se fait sentir. Ni humaine, ni mécanique, sans cellules, ni rouages, juste là, présente au-delà de toute description. Où peut-être n’est-ce purement qu’illusion.
La chaise électrique sur laquelle nous sommes assis dessus ne vient-elle pas de se mettre en branle ? Car cette saturation du son, véritable marque de fabrique du duo, qui était pour l’heure restée discrète s’est soudainement embrasée. Emptyset vient de mettre le contact. La bête grogne comme sur les albums précédent. C’est profond, c’est cinglant, l’épaisseur abrupte de ces nappes noise sont comme 2,21 gigawatts de délivrés. En continu. Sans éponge. Le feu se propage à l’intérieur de notre organisme, nos molécules s’agitent, perforeraient de toutes parts notre peau si elles le pouvaient. Voilà l’effet de Fragment. Fin du round d’observation.

« Disperse » est le début du grand chambardement. Cette présence menaçante, hostile, qui jusque-là attendait patiemment son heure, tapie dans l’ombre, se meut et attaque. Une rage sans pareille se déchaîne alors sur nous. Une déferlante de beats secs s’abat dès lors sur notre tympan, tandis que les basses fiévreuses et caverneuses se rajoutent au carnage. Le corps rentre en résonance, comme plongé dans une transe spasmodique. Malheureusement les oscillations sont dans la mauvaise fréquence, nos os se brisent par milliers comme s’il n’étaient fait que de cristal.

Mais le génie d’Emptyset va plus loin. A quoi bon s’escrimer à donner des coups lorsque le plus simple est de recourir à l’arme chimique ?  Durant le beatless Absence, le gaz sarin emplit l’espace et affaiblit notre système nerveux rendu déjà très fragile. La douceur ouaté des couches de bruit blanc n’est qu’illusoire. Leur consistance finalement fongueuse absorbent ces neurotoxiques qui vont insensiblement refermer le piège sur nous.
Les dix dernières minutes, pulsant au son des déflagrations d’explosifs au napalm, mettent en charpie ce qui restait de notre pauvre corps. Une purification par le feu rendu indolore par les gaz préalablement inhalés. Nos yeux, derniers résistant d’une lutte perdue d’avance, se sentent un bref moment immunisés par cette impétuosité mortelle dont ils sont les témoins. Mais que nenni, les textures imbibés d’acide fluorhydrique durant Limit auront raison de ces globes d’un blanc laiteux. Le rythme incontrôlable s’accélère, se dérate et se volatilise dans le néant.

 

Extrêmement court (à peine la demi-heure), Recur demeure une blitzkrieg redoutable, sans scrupules, sans compromis, sans foi ni loi. Bref, une rouste en bonne et due forme. Passez votre crâne sous une meule en émeri et vous obtiendrez le même effet. A ce stade-là, (ré)écouter Emptyset n’est plus un pêché mignon, c’est un vice perfide, insidieux, une pulsion échappant à toute logique, une jouissance primaire à satisfaire coûte que coûte en tant que bon doloriste que nous sommes.
Emptyset n’a que peu ou prou évolué entre Demiurge et Recur, mais à quoi bon lorsque l’on est déjà au sommet de son art ? Nous n’avons pas pu faire cette chronique sans faire dans l’avalanche de superlatifs. Le mal est fait. Tant pis. Plus jamais ça. Jamais. Quoi que…


Tracklist :

01. Origin
02. Fragment
03. Disperse
04. Order
05. Absence
06. Lens
07. Instant
08. Recur
09. Limit

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    2 Comments

    1. Noizykaa 21 octobre 2013 at 11:00

      Faudrait écouter Pan Sonic à présent, niveau abrasif, c’est une référence.

      • Raphael Lenoir 21 octobre 2013 at 2:58

        Je te cache pas que l’on attend avec impatience leur prochain LP sur Kvitnu. Même si pour moi leurs nappes sont plus industrielles et moins corrosives ça reste effectivement de la très bonne came.

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