Empusae – rutsu no hoyo

Avec cet album live sur ant-zen, Empusae forge encore un peu plus son pont entre la vie et la mort.

Empusae - rutsu no hoyo

8.0

10

Par David Robert
Publié le 8 novembre 2014 | 10:17

Le projet Empusae a toujours été en tous points passionnant. Arpentant des chemins de cendres et de ténèbres depuis le début des années 2000, Nicolas Van Meirhaeghe (aussi connu pour This Morn’ Omina et Tzolk’in) n’a eu de cesse d’affirmer son goût pour l’opaque. Quelle que soit sa forme, plutôt indus et rhythmic noise à ses débuts jusqu’à l’ambient ésotérique et tribal actuel, c’est en effet sous la gouverne d’une force située de l’autre côté du miroir que sa musique avance.
Et avec ce nouvel album « rutsu no hoyo » sorti sur ant-zen et constitué de titres joués en live, Empusae forge encore un peu plus le pont entre la vie et la mort, entre le réel et l’irréel, entre le matériel et l’immatériel.

 

Si vous avez déjà lu nos chroniques sur le sieur Empusae (ici ou), vous aurez compris qu’il est difficile de parler de la musique de l’homme autrement que par des images, car c’est là qu’elle triomphe. Alors ne nous fourvoyons pas plus longtemps et plantons comme il se doit le décor :

Vous ouvrez les yeux lentement. Mais cela n’a rien à voir avec un réveil classique. Vous êtes au milieu de nulle part. La nuit est si opaque que vous avez l’impression de ne plus toucher le sol. Vous n’avez plus aucun repère, et seul un filet de brume glaciale zèbre votre champ de vision, suivant les formes des brisures d’un miroir. Le fameux miroir.
En huit minutes de nappes et de percussions obscures, Empusae nous fait déjà passer de l’autre côté, et ce même si le titre (tous comme les suivants) ne vient pas radicalement trancher avec sa version studio. Mais ne soyons pas aigris, nous sommes déjà sur la rive. Donnons donc ses oboles à Charon et embarquons.

Ce qui semblait être jusqu’au début du second titre un long fleuve tranquille va vite offrir ses premiers remous. « Shere Des Bois » livre une mélodie aux glocks en ritournelle, progressivement répétée, amplifiée, accélérée et étoffée par quelques mystérieux frottements de cordes, voix ésotériques et autres artifices sonores angoissants offrant le terreau nécessaire pour que la tension monte d’un (ou plusieurs) crans(s) et que le malaise s’installe.
Empusae a désormais toute notre attention, et une partie de notre âme en plus. Petit à petit la rythmique sort de son antre. Les discrètes percussions tribales deviennent martiales, et renforcent diablement l’intensité de la traversée pendant que les nappes et les glocks dansent toujours dans l’ombre.
A partir de là, tout ne sera plus question que d’intensité et d’hypnose. Empusae agit comme un gourou de secte et fait ce que bon lui semble de nos âmes et corps.

Liquéfiés, vidés, nous errons alors sans aucun but, aucune force et aucune volonté. Et si d’un coup d’un seul nous venions à prendre conscience de notre triste sort, à vouloir prendre le pas sur toutes ces strates lugubres et cette ambiance de mort qui colle aux basques pire que la peste, les percussions guerrières se feraient le fouet de l’opprimeur pour nous remettre dans le droit chemin de la traversée.
La seule possibilité qui reste est alors d’admirer la voie qu’Empusae a tracée. Et aussi morbide soit-elle, elle est en tout point sublime. Que ce soit l’exquise et nostalgique mélodie de fin de « Quantum Daimon » lévitant sur ces beats distordus, la puissance de la croisade conquérante de « Dirge » ou encore l’ensorcellement subtile de « One And The Same », il y a de quoi faire baisser la garde au plus vaillant des mortels.

 

Avec cet album live rutsu no hoyo Empusae nous a une nouvelle fois attiré dans ses filets de fumée. C’est avec un arrière goût sacrément noir que l’on ressort de cette expérience aussi intense que destructrice. Si vous n’avez pas été fauché jusqu’ici, relancez le disque. Vous le serez sans aucun doute à une des écoutes suivantes.
On vous attend de l’autre côté.

 

 

Tracklist :

1. Second Ornament
2. Sphère Des Bois
3. Seven Types Of Ambiguity
4. Quantum Daimon
5. Consanguinous Pain
6. Dirge
7. One And The Same

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