Empusae & Shinkiro – Organic.Aural.Ornaments

Le chapitre se clôture avec une nouvelle âme en son sein : la nôtre.

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8.1

10

Par David Robert
Publié le 10 mai 2011 | 23:37

Impliqué dans un nombre assez remarquable de projets, Nicolas Van Meirhaeghe s’est épanché sur de nombreux labels au fil de des sorties, les plus sollicités étant deux des plus grands en matière d’electro industrielle : Hands Productions et le mythique Ant-Zen. C’est sur ce dernier et sous le projet Empusae (qui a vu naître le délicieux “Error 404: Metaphorical Loss” en 2005), qu’il s’associe au japonais Shinkiro afin de délivrer sa dernière production long format : “Organic.Aural.Ornaments”.
S’il est est vrai que l’association de deux talents est souvent supérieur à leur simple addition, 1+1 n’est ici pas égal à 3. Non pas dans l’idée que la matière sonore ne puisse prétendre à cette qualité, loin de là, mais tout simplement car elle est portée d’une seule et unique voix, la collaboration de ces deux esprits torturés résultant un syncrétisme des plus réussis.

Les six pièces qui constituent l’album sont dénommées extrêmement sobrement : du “First Ornament”, au “Sixth Ornament”.
L’ouverture n’augure rien de bon : la toile de fond se veut dark ambient, tandis que des percussions se laissent entendre au loin. Petit à petit, les rythmiques se rapprochent et l’intensité augmente, tandis que la lumière, elle, s’affaiblit dangereusement. Chaque seconde passée, chaque pas de plus nous fait un peu plus douter de vouloir s’aventurer là ou Empusae & Shinkiro veulent nous emmener.
Mais passé le premier ornement, il est déjà trop tard : la seconde pièce, dans laquelle des nappes retentissent comme des complaintes mystiques sur un pied qui distribue de plus en plus vite ses cartes, nous fait rapidement comprendre qu’il y a désormais un monde entre le lieu ou l’on se trouve et celui ou nous étions au premier chapitre. Le rebrousse chemin n’apparait plus comme une éventualité tenable. Alors on décide de se tenir fortement à la rembarde pour continuer à descendre cette escalier en colimaçon non sans ressentir la plus terrible des peurs.
L’espoir se dissipe au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans les ténèbres. Tout est si sinistre. Et pourtant ce que l’on découvre au sein du troisième ornement pourrait venir à l’encontre de cette logique de noirceur : des claviers occultes suspendus dans le temps qui forcent la contemplation. Mais cette beauté n’est pas pure. C’est celle qui nous oblige à aller plus loin alors que l’on sait pertinemment qu’il ne faut pas, que quelque chose ne tourne pas rond. C’est celle, loin d’être salvatrice, qui brûle les doigts quand on la touche. Car bien qu’il soit paré d’étoffes splendides, le rendant presque méconnaissable, le mal demeure le mal. Et plus on s’y avance, plus il nous ronge. Cercle grandement vicieux, on ne peut faire autre chose que de s’y plonger encore un peu plus.
Lorsque qu’enfin la chose dévoile son vrai visage au travers d’oscillations graves et féroces et que toutes parures cessent de scintiller sur le quatrième titre, s’attarder demeurerait bien dangereux. Les pas s’emboitent, la course est croissante. Les jambes dévalent les marches, jusqu’au moment ou la présence semble s’être enfin éloigné.
Le temps de rassembler ses esprits, et nous voilà dans un paysage bien loin d’être chaleureux et accueillant. Les contours d’une industrie abandonnée se dessinent alors dans la noirceur de ce bourbier qu’est le dernier chapitre. Il semblerait que des âmes d’ouvriers épuisés à la tâche viennent flirter avec nos pores en guise de salutations. Les machines sont encore présentes sur le site, quelques unes battent même encore le fer. Mais alors qu’une complainte se laisse entendre au fond, le vent tourne de plus en fort autour d’une machine à l’abandon, faisant exploser un de ses coeurs. La secousse engendrée vient ouvrir une brèche dans l’abîme, de laquelle s’échappe une lumière douce mais vacillante exprimée par la musique de quelques cordes frottées.
Issue de la dernière chance, il faut s’y engouffrer avant qu’elle ne se referme, et que le chapitre ne se clôture avec une nouvelle âme en son sein : la nôtre.

 

Tracklist :

1. First Ornament
2. Second Ornament
4. Fourth Ornament
5. Fifth Ornament
6. Sixth Ornament

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