Empusae – Symbiosis

Prenez votre mal en patience.

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8.2

10

Par David Robert
Publié le 22 mai 2012 | 21:25

Il faut se rendre à l’évidence : Nicolas Van Meirhaeghe n’est pas un chevalier de la joie et de la bonne humeur. Et il est bien probable qu’il ne le deviendra jamais. Mais qui s’en plaindra ? Que ce soit sous avec This Morn’Omina, projet mené avec Mika Goedrijk et Karolus Lerocq, Tzolk’in en compagnie de Gwenn Trémorin alias Flint Glass, ou enfin sa casquette la plus personnelle, Empusae, l’homme développe un univers délectable au confluent du sombre et de l’angoissant.
Un an après l’excellent “Organic.Aural.Ornaments” en collaboration avec Shinkiro (chroniqué ici), le producteur de mornes songes sort ce “Symbiosis” sur Ant-Zen.

Si les effluves se veulent industriels, peu de choses rappellent ici nos compagnons mécaniques et électroniques. Les seuls rouages présents sont ceux du mystique et du spirituel. Autant dire que vous n’avez sûrement pas du fouler souvent de votre vie mortelle les terres sur lesquelles se déroule “Symbiosis”.
Oubliez donc voitures, gratte-ciels et autres produits issus de la civilisation actuelle. Oubliez votre travail, votre rendez-vous chez le coiffeur et votre vaisselle dans l’évier. Oubliez vos amis, vos loisirs et votre sacro-télé. Il y a ici une odeur de voyage. Un voyage dans le temps et l’espace. Un voyage qui se pourrait être l’antithèse parfaite de celui que vous vend le club med. La musique d’Empusae ne rappelle une nouvelle fois la vie que parce qu’elle à la frontière de la mort.
Pourtant l’éventail d’instruments posés à plat ne parait pas forcément de mauvais augure. Qui aurait peur par exemple d’un piano ? Franchement ? Comptons aussi des featurings sur presque tous les morceaux, chacun y allant de sa voix sur l’instrumentation de Nicolas, une panoplie de percussions larges et variées, rythmant chacun des morceaux sans jamais s’emballer dans leurs BPM, peu ou pas de beats véritablement distordus et peu ou pas de drone ardent. Cet album apparait ainsi au premier abord moins opaque que les précédents. Plus accessible même. C’est pourquoi à la première écoute, on se dit qu’il sera plus facile de cerner le tout à la prochaine. Et c’est pourquoi à la deuxième l’on se dit la même chose. Et ainsi de suite. Et plus les lectures se font nombreuses, plus cet album se fait pesant. Plus on avance, et plus on est oppressé par cette incroyable tension.
Le frappement des cordes des pianos, tout comme le frottement des archets, semblent venir de l’autre côté du miroir, et c’est finalement leurs résonances biaisées et attristées qui viennent nous heurter. Même “Deceivous Water”, le titre le moins gris, se voit ronger par le regret en fin de chemin. Les invités, bien que nombreux, ne semblent pas vraiment adeptes du « plus on est de fous, plus on rit », chacun jouant de son organe vocal au travers de chants sépulcraux, de spoken words ou de choeurs graves. Les rythmiques servent quant à elles à emboiter le pas des badauds comme vous et moi, sans les brusquer dans cette longue progression vers les profondeurs.

Grande erreur que celle de croire qu’Empusae délivrait ici une oeuvre plus accessible et moins anxiogène. Chaque couche enlevée laisse apparaitre une nouvelle plus foncée, “Symbiosis” dévoilant de ce fait ce qui s’avère être un joyaux noire, si et seulement si on est à même de lui en laisser le temps. Alors un conseil : prenez votre mal en patience.

 

Tracklist :

1. One and the Same (Featuring Ordo Rosarius Equilibrio)
2. Deceivious Water (Featuring Arcana)
3. Dissection of Purity (Featuring in Slaughter Natives)
4. La RiviГЁre Noire
5. Seven Types of Ambiguity (Featuring Nick Grey)
6. Kralizec

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