Eomac – Spectre

Eomac réussit le pari de l’album avec ce Spectre à l’univers mystique.

KKLP#18F-Druckbogen

8.5

10

Label

Genre

Par Benoist Desfonds
Publié le 12 mai 2014 | 14:10

Killekill Records véhicule une image tout à fait particulière sur la scène techno berlinoise. Des productions sonores très sombres, aux clips vidéo endiablés par un fin travail de montage, ont permis à ce label de se créer une atmosphère singulièrement étrange, dévoué à une partie plus mystique du monde de la techno. Fondé en 2008, le label alimente sa déjà riche discographie d’EPs, par un premier album, en la présence de ce Spectre de Eomac. C’est aussi le premier album de l’Irlandais, Ian Mc Don à l’état civil.

 

L’introduction de cet album, avec « Su Riddim » et « Rainmaker », assume clairement son statut. On se laisse doucement emparer par l’univers d’Eomac: les lignes de basses appuient, les reverbs résonnent en écho aux différentes frictions de textures métalliques, tandis que les vocaux fantômatiques confirment l’atmosphère sépulcrale.

Eomac témoigne de multiples facettes de producteur par son ouverture sur des genres musicaux transversaux. Déjà avec « Clap your Hands » sur Maigret Recordings en 2011, Eomac cherchait à puiser dans des racines beats, proches d’un dubstep plus expérimental. On retrouve cette part d’expérimentation au cours de cet album, avec des phases voyant le tempo redescendre. « Forest » s’établit avec une mélodie aux synthés acid, alors que « Rising 3″ laisse une part plus grande à un jeu d’acupuncture sonore. Les sonneries ou grésillements propres à un dysfonctionnement physique d’objets issus de nouvelles technologies assoient la substance primaire de ces morceaux.

Eomac conjugue à ces expérimentations sonores des titres résolument dance-floor. En témoigne le morceau emblématique de cet album, « Spectre ». On revient sur le bon vieux chemin de grue pour se faire embarquer dans les méandres d’un tunnel obscur. L’atmosphère mystique de ce morceau saura inviter le clubber à plonger dans ses songes les plus profonds, comme une invitation à une totale introspection.

Les kicks surgonflés de « Shell of Dark » en font un DJ tool efficace, qui pourra faire grimper le thermostat des clubs de quelques degrés. La petite ligne de synthé acid vient toujours relever avec douceur les basses tumultueuses. « Deeva » saura assurer les fins de soirées. Le savant mélange de voix filtrées en écho avec un imparable jeu de cuts des basses calibre un rythme voué à envouter tout auditeur épuisé par une longue nuit.
« You Hun Ye Gui » se réfère à un type de fantôme de la culture chinoise. C’est celui qui, oublié par sa lointaine famille, décide de revenir hanter la maison familiale. La composition mathématique et linéaire de ce titre métaphorise parfaitement le parcours de ce fantôme. Le voyage au bout de la nuit peut ainsi perdurer par le crépitement mécanique perpétuel de « Crackts ». Une techno lourde et poussive, digne d’un fameux time peak matinal dans une cave berlinoise.

 

Eomac achève enfin cet album en baissant doucement la tension. Des spasmes de kick métalliques amorcent la descente avec « Mika Riddim » tandis que « Squink » laisse échapper une mélodie slo-mo sur un down-tempo.
À mi-chemin entre une bande son de film sci-fi dystopique ou, comme l’artwork le suggère, au chemin de croix crépusculaire d’une personne à travers un brouillard de bruit, Spectre convoque assurément un univers mystique. Un univers où planeraient les fantômes des technologies actuelles et à venir, comme les voitures l’étaient alors pour les pionniers de la musique électronique de Detroit. Eomac tient la tension du début jusqu’à la fin et réussit assurément ici le pari de l’album.


Tracklist :

01. SU Riddim
02. Rainmaker
03. Forest
04. Spectre
05. Shell Of Dark
06. Rising 3
07. Deeva
08. You Hun Ye Gui
09. Crackts
10. Mika Riddim
11. Squink

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    1 Comment

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