Erik Truffaz & Murcof – Being Human Being

En collaboration avec Enki Bilal, Erik Truffaz et Murcof livrent avec Being Human Being une oeuvre indispensable.

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9.0

10

Par Martin Drazel
Publié le 3 décembre 2014 | 12:59

Erik Truffaz, jazzman ambitieux et grand fanatique de l’expérimentation musicale, s’associe à Murcof pour un objet sonore non-identifié : Being Human Being, illustré par ce grand maître de la BD qu’est Enki Bilal. Derrière ce titre philosophique se cache un véritable voyage interstellaire, dont le travail d’introspection devrait bousculer et marquer l’univers un peu étriqué de l’IDM et du modern-jazz.

Introduit par ce tapis-volant qu’est « Origin Of The World », aux nappes lyriques sur lesquelles Truffaz attouche sa trompette lointaine, l’album prend bien vite une tournure de rituel. Les sonorités très sombres mais pourtant relaxantes de Murcof titillent la science de Truffaz. On se retrouve bien vite en orbite, sans trop savoir comment. Pris par la force gravitationnelle d’un « Warhol » durant un bon quart d’heure, nous voici hors de la Terre, tournant autour tels des satellites abandonnés. La trompette traverse ce morceau envoûtant, jouant sur deux tableaux : à la fois élément mélodique et ondulation aléatoire, le jeu de Truffaz trouve ici un superbe espace d’expression. Les évolutions des ambiances, l’appui d’un piano proche des expérimentations de Tim Burton et la rythmique mi-gothique mi-indus donne à cette divagation spatiale une réelle impulsion intérieure. Une fois transporté hors de l’orbite terrestre, nous voici au milieu du vide. « Hybridation » n’est plus que silence et trompette libérée de toute structure, rappelant sa mélodie entre les longues pauses aphones de cette transition lunaire.

Le diptyque « Chaos » / « And Nina » retrouve ce rythme subtil et entêtant, composé de bruits blancs et d’éléments d’une précision millimétrique. Truffaz se joue des conventions, transformant son instrument en facteur imprévisible : à la fois rempli d’échos, de saturations et autres déformations incongrues, il est bien difficile d’y reconnaître le son d’une trompette classique. Pourtant son apport mélodique est indéniable. Quelque chose d’effectivement plus chaotique dirige cette première partie du diptyque avec force et richesse. On s’approche du bruit pur mais on reste happé par cette  boucle rythmique et ces synthés lancinants, pendant que Truffaz expérimente à tout-va. La seconde partie de ce tableau voit le thème de « Hybridation » revenir par-devant la boucle de Murcof, qui du coup se tait progressivement pour laisser l’inventivité de Truffaz appuyer le retour de cette mélodie apaisante. Ce double-jeu d’oppression et de libération de l’auditeur, vases communicants qui structurent l’album, est vraiment impressionnant. Réussir un tel tour d’équilibriste relève du génie, ce trait commun que doivent posséder les deux artistes, subjugués par leur rencontre et leur recherche de liberté musicale ; à l’instar de « The Eye », autre transition (martienne cette fois-ci) qui prouve bien ce besoin d’expression qui anime le duo.

Le titre central de l’abum, « Human Being », s’approche plus de l’électronique. Murcof est aux contrôles du vaisseau, nous embarquant dans une traversée périlleuse de la ceinture d’astéroïdes. Notre embarcation psychique semble assiégée par des vents stellaires, produisant des sons étranges sur la coque et les tympans de l’équipage.  Après cette petite panique au sein de la longue méditation qu’est Being Human Being, « Skin » nous repose. Des violons nostalgiques répondent à la clarinette triste de Truffaz, qui finira par reprendre sa trompette pour insuffler l’espoir au milieu de ce lâché-prise. Nous terminons notre épopée dans le vide total, « Infinite Abstract » n’étant plus que vents synthétiques et explosions lointaines, laissant l’auditeur s’évader avec le silence.

Cette odyssée est appuyée par les illustrations de Bilal (pochette et feuillet intérieur), ce qui pousse encore un peu plus l’évasion de l’auditeur. Cet album est un signataire de la réappropriation par la culture électronique de sa place au sein de la musique actuelle, au sens le plus large du terme. Une telle liberté d’expérimentation rappelle la démarche de jazzmen de la belle époque, cherchant à affirmer leur musique au-delà des à-priori infondés. Une œuvre indispensable.

Tracklist :

01. Origin Of The World
02. Warhole
03. Hybridation
04. Chaos
05. And Nina
06. The Eye
07. Human Being
08. Skin
09. Infinite Abstract

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