Esther – Pantome EP

La seconde signature d’Esther chez Polaar confirme le talent de la Toulousaine pour le maniement d’espaces à la fois concis et stellaires.

8.8

10

Par Martin Drazel
Publié le 2 février 2021 | 11:39
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Esther, l’artiste toulousaine engagée et manageuse du collectif Doum, s’est forgé une solide réputation de fouineuse sonore, notamment grâce au single paru chez Polaar Sounds en mai 2020 App Green / Hedon Hack. C’est toujours sur l’empreinte lyonnaise (que notre chère Flore estampille à tout va) qu’on la retrouve, pour un EP croisant fantômes et pantones, créant ainsi un vaste Pantome. 

Cette esthétique rude et nébuleuse qui continue d’alimenter l’univers quelque peu torturé d’Esther génère à la première écoute une sensation dérangeante que tout mélomane aux penchants schizophréniques devrait apprécier. Les éléments constitutifs de ce Pantome ne sont clairement pas à la portée de toute ouïe : le rythme se veut sec, percutant et sale, les ambiances sont teintées de glauque et la structure contextuelle semble suinter des murs d’une ville dévastée après l’ultime bug d’une I.A. mondiale. On perçoit dans cet EP un goût pleinement assumé pour la destructuration et l’accumulation, à l’instar de ces vocales boxant la paterne rythmique de « Carbon ».

Pourtant catégoriser la musique d’Esther à de simples strates empilées serait beaucoup trop réducteur. Ce serait à la fois omettre l’évident élan interne de la nuque qui s’opère à l’écoute des claps bouffis de saturation quadrillant « Carmine » ou lors du chaos organisé qu’est « Granite », mais aussi cette science de l’agencement de microscopiques espaces entre l’ambiance enivrante et la lourdeur rythmique des productions de l’artiste. Mention spéciale pour l’utilisation toujours impeccable des samples vocaux, donnant parfois une déviante quasiment érotique – « Violine » – aux amalgames contrôlés de noise dont la Toulousaine a le secret.

Esther signe avec Pantome une étape primordiale quand à l’avancement de son univers musical, ce succulent mélange de grincements et complaintes d’animaux stellaires qui semble être la marque de fabrique des piliers de la musique électronique. Par ce biais, elle embarque avec son alias et ce nouvel opus chez Polaar une partie de la scène lyonnaise mais pas que. On peut aisément y entrapercevoir les futures retombées de cette métamorphose latente qui s’opère dans la scène française, se détachant progressivement de formules actées pour démontrer à la fois aux danseurs et aux membres de cette grande famille qu’une nouvelle vision de cette musique est possible, voire valorisante.

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