Excepter – The Stand

Excepter restent égaux à eux-mêmes, en 19 minutes essentielles menant lentement à la quiétude de l’âme.

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8.5

10

Par Aurélien Bonvoisin
Publié le 29 avril 2014 | 13:28

De manière assez curieuse, la notoriété d’Excepter est dans l’ensemble restée confinée aux cercles d’amateurs de musiques expérimentales et bruitistes à base rock, entre noise, drone et autres psych folk. Certes, le fondateur et gourou du groupe, John Fell Ryan, est un transfuge de la mythique formation No-Neck Blues Band, ensemble mystérieux à la discographie insondable. Au-delà du caractère libre et improvisé d’une large partie de leur musique, cette profusion de sorties en tous genres est pourtant l’un des seuls critères communs aux deux collectifs : depuis ses premiers enregistrements en 2003, Excepter est en effet fondé sur l’utilisation d’instruments électroniques, de synthétiseurs en ordinateurs. De l’ambient au post-punk chaotique, le groupe a tout essayé, avec pour seul fil directeur un affranchissement à l’égard de toutes les règles, s’autorisant à laisser hurlements de mégaphones ou nappes inattendues débarquer à chaque recoin de leurs titres.

Le groupe ayant récemment été frappé par le deuil, sa discographie a néanmoins été mise en berne depuis 2010, à l’exception d’un unique EP limité paru l’an passé. Aussi se réjouissait-on de les retrouver pour un nouvel EP réalisé pour la série Hybrid Vinyl, lancée par le label Dekorder pour célébrer ces dix ans. Le choix d’Excepter est d’une grande cohérence au sein d’une série ayant accueilli quelques uns des meilleurs noms en matière d’expérimentations diverses, tant du côté du psych-folk que des lancées électroniques, de Pye Corner Audio à Kemialliset Ystävät. Si l’on s’attarde aujourd’hui sur le cas d’Excepter, notons d’ailleurs que paraissent le même jour deux autres volumes de la série, signés par Experimental Audio Research et Black To Comm.

 

Contrairement à ces deux autres, Excepter fait ici le choix de diviser ses quelques 19 minutes de lancinances synthétiques en trois titres. La construction de l’ensemble en est clarifiée : « Victory Beat » est une introduction nous faisant entrer une nouvelle fois dans l’univers du groupe, entre rythmiques désaxées se reconstruisant lentement et gémissements pitchés jusqu’au méconnaissable. Chaque mesure apporte son lot de nouveautés, créant un flux dans lequel vient se lover l’auditeur, agrippé par ces synthétiseurs bruts et ces vibrations cosmiques.

Une fois notre attention captée, Excepter s’attelle à nous offrir le cœur de l’œuvre : culminant sur plus de 11 minutes, « The Fence » se présente pour malaxer son auditeur. La ligne de synthé mystérieuse, presque oppressante, qui nous accueille, digne des plus grandes heures du groupe, nous laisse pénétrer dans les profondeurs d’un magma interminable, accumulant les strates sonores afin de nous étourdir, de nous perdre dans un labyrinthe sans fond. Les sinusoïdes se décalent, décadrées plus que cadrées par quelques cymbales répétitives. Le décollage attendu n’a jamais lieu, chaque nappe se dissimulant lentement dans un ensemble virant à la cérémonie d’hypnose apaisante, présentant la répétition comme clé de la quiétude de l’âme.

 

En conclusion de cette expérience pacifiante, « I Zone » résonne deux minutes durant de ses ondes lentes et répétées. En 19 minutes, Excepter prouve une nouvelle fois sa faculté à construire à partir d’éléments simples de véritables paysages sonores, environnements riches au caractère unique. Essentiel.

Tracklist :

01. Victory Beat
02. The Fence
03. I Zone

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