Faures – Continental Drifts

Vers les sphères évanescentes de l’imaginaire.

Faures - Continental Drift cover copy

7.7

10

Par Raphael Lenoir
Publié le 25 février 2014 | 17:47

Un asiatique, un américain et un européen pour un album : voilà un album qui pourrait commencer comme une blague de bas étage.
Fuzz Lee (Singapour), René Magraff alias Pillowdriver (Allemagne) et Samuel Landry alias Le Berger (Canada), soit trois conceptions du monde, trois vies distinctes, mais à la fin un seul et même esprit musical qui transcende le reste pour former Faures. Ensemble, ils donnent naissance à « Continental Drifts » qui s’élève dans le royaume stratosphérique du drone. Fruit délicat et doucereux, il est sorti ce mois-ci sur Home Normal, front pionnier du défrichement de nouveaux espaces éthérées et électroniques. Cet album lui incarne au premier abord ce mouvement imperceptible qu’est la dérive des continents, qui, bien au-delà des vicissitudes du temps, ne bronchent pas d’un poil et continuent leur lente glissade sans fin.

 

« Orogenèse », « isostasie », « asthénosphère », voilà un jargon géologique pas forcément connu de tous mais utilisé ici dans la tracklist pour nommer ses fragments musicaux opaques. Pour faire simple, ils représente essentiellement les parties de la croûte terrestre, certaines de leurs propriétés et mouvements. Ces mots sont utilisés dans un but précis, celui de nous rappeler que, malgré notre immobilisme, nous évoluons toujours dans un milieu effervescent grouillant de fluctuations qui ne sont pas appréciables à notre échelle de temps. Avec cela en tête, Continental Drifts prend une dimension difficilement mesurable par son dépouillement sonore. Il est en effet car  sur très peu de samples.
C’est du drone que le trio livre ici :  à partir de là il ne faut pas s’attendre à une myriade de couleurs et de textures utilisées. Ce travail est d’ailleurs moins dynamique dans la forme que celui d’un Tim Hecker ou d’un Ben Frost et se rapproche plutôt de celui de Hakobune ou de Taylor Deupree.

Le procédé créatif est été un brin spécifique puisque chaque artiste a conçu deux samples par track. Il est a ensuite donné à l’artiste suivant pour qu’il les remanie à sa façon. Autre règle : chaque artiste ne pouvait participer qu’une fois par titre à cette ronde musicale. Pourtant difficile à l’écoute de discerner les éléments apportés par chaque artiste, les différentes nappes se fondant dans une unité absolue et indivisible. Même si « Orogénic Uplift » et « Isostatic Uplift » se dissocient des quatre autres morceaux avec une ligne mélodique supplémentaire, il est question dans tout l’album d’une complémentarité et d’une ouverture par chaque artiste sur d’autres horizons alléchants et emplis de mystères insondables.

 

Curieuse entité hybride que ce « Continental Drifts ». Faures aurait tout aussi bien pu n’être que le pseudonyme d’une seule et même personne, on n’y aurait vu que du feu. Pourtant trois hommes officient dans les coulisses et s’attèlent à la tâche.
Après réflexion, cet album n’est pas seulement une dérive matérielle au sens premier du terme, il représente aussi l’affaissement inaltérable de l’esprit vers les sphères évanescentes de l’imaginaire. Une allégorie du génie humain parvenant à s’extraire de la réalité pour rejoindre des contrées que vous et vous seul pouvez édifier. Les portes d’un univers sans lois ni prescriptions s’ouvrent. Pas de Dieu si ce n’est vous, unique maître d’une dimension qui s’impatiente de ne pas encore exister. Une infinité de choix se présente. Qu’allez vous faire ?

 

 

Tracklist :

1. Asthenospheric Movement I
2. Orogenic Uplift
3. Asthenospheric Movement II
4. Isostatic Uplift
5. Asthenospheric Movement III
6. Magnetic Striping

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